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Archive mensuelle de novembre 2013

Transparence: les salaires des dirigeants de la BBC mis en ligne

La transparence des comptes des médias est une clefs de la confiance que le public leur accorde. Rare sont ceux qui détaillent la structure de leur capital et publient un bilan annuel. La transparence sur leur fonctionnement et leurs équipes dirigeantes est tout aussi nécessaire.

La vénérable BBC donne en cette matière un exemple à suivre. Comme celui d’autres médias, son site Internet propose une section d’auto-présentation , « Inside the BBC« . Y figurent classiquement la description des structures directoriales et des directions opérationnelles et le rappel de la charte royale qui fonde l’indépendance de la BBC. Les comptes rendus des réunions mensuelles du Comité de Direction sont également disponibles. Jusque là rien de bien extraordinaire.

Ce qui est plus étonnant pour le lecteur français, c’est la section « Staff Senior Biographies« . On peut y lire le curriculum vitae de 106 cadres supérieurs, « director« , « deputy director »,  « controller« , « general manager » et autres « officer« . Au delà de la description des taches et des parcours, le site publie pour chacun son salaire annuel, et sa rémunération totale primes comprises.

Les dépenses remboursées et celles directement prises en charge par la centrale de réservation de la BBC sont détaillées pour chaque dirigeant trimestre par trimestre. Sous forme de fichier pdf téléchargeable,  on trouve la date, l’objet et le montant de la dépense, éventuellement le nom de l’hôtel où est descendu un cadre en déplacement et le mode de transport utilisé. Quelques mots d’explication sont parfois ajoutés pour expliquer ces dépenses, comme « 12 participants » en face d’une facture de vin de 790 € à une soirée de gala, ou « retour tardif à son domicile » pour expliquer 35 € de taxi remboursés à une rédactrice en chef. Les  cadeaux reçus et les invitations sont indiqués, étant précisé qu’ils ne peuvent  être acceptés que conformément à la politique définie par la BBC. Où on découvre ainsi que British Petroleum a payé un dîner et une place pour une représentation de La Bohême au Royal Opera House  à cette même rédactrice en chef  – explication : la compagnie pétrolière parrainait une série d’émissions. Il faudrait connaître l’émission pour savoir si ce cadeau a facilité la parrainage….

Le dernier document rendu public est une déclaration d’intérêt, qui liste les fonctions bénévoles, les postes d’administrateurs de sociétés ou d’ONG, et les actions, titres ou obligations détenues quand cela excède 5% du capital d’une société, et quelque soit la part dans une société de média.

Quel média français suivra l’exemple de la BBC ?

PG

Enquête de la Scam : des journalistes sans illusion sur l’état de l’information

La Scam – Société civile des auteurs de multimédia –  vient de rendre publique une enquête sur les revenus des journalistes. 20000 journalistes ont été sollicités et 3407 ont répondu au questionnaire. L’étude analyse la détérioration des conditions financières et des inégalités dans la profession. On y trouve la confirmation que ce métier ne permet pas de faire fortune : 12% des répondants déclarent  des revenus inférieurs à 13000 € nets par an, et 64 %  entre 13000 et 40 000€. Ce qui correspond aux chiffres de la récente étude  l’Observatoire des Métiers de la Presse qui établissait pour 2012 le salaire médian à 2000 € pour les pigistes et 3487 € pour les CDI. .

Au delà de ces chiffres, les commentaires libres des répondants illustrent la dégradation qualitative de l’exercice de leur profession, dont les journalistes sont conscients. « L’évolution du métier est jugée de façon très négative, avec un secteur en grande fragilité, des pratiques qui se détériorent, une perte de sens et une profession discréditée » soulignent les rapporteurs.

Les verbatim sont édifiants : l’un dénonce « la montée en puissance de l’editing, de l’emballage, de l’article, du «marketing», au détriment du fond » ; un autre l’impact de « la prolifération des chaînes en continu qui diffusent des flux d’images sans décryptage et des reportages sans valeurs ajoutées… ». Internet a sa part de responsabilité dans ce constat désabusé : «  L’alignement, hier sur le journal de TF1, aujourd’hui sur le buzz, s’accompagne d’une volonté de «fabriquer» l’information déconnectée de la réalité ». Les hiérarchies et éditeurs sont épinglés parce que  «nos journaux traitent de plus en plus les sujets censés intéresser le public, plutôt que d’essayer d’intéresser le public à tous les sujets ».  Enfin ces confrères s’inquiètent du poids de la communication: « La confusion [est] de plus en plus évidente entre com et information » lit-on , ou encore  « la dictature des attachés de presse est totale. On est blacklisté très vite si on ne dit pas constamment du bien des projets

Qui a dit que les questions déontologiques ne concernaient pas les journalistes ?

La mystérieuse charte déontologique de TF1

Les règles de « bonne conduite » rendues publiques par la chaîne en 1994 sont tombées dans l’oubli

 Session des « Entretiens de l’information » à l’INA, 19 février 2013:  un participant dans la salle interpelle un journaliste de TF1 à la tribune : « Avez-vous une charte de déontologie à TF1 ? ». « Non », répond le journaliste.Pourtant, un texte a bien été promulgué et rendu public par la direction de la chaîne en janvier 1994. Mais la majeure partie de ses journalistes ignorent aujourd’hui qu’il existe, car il a presque aussitôt été remisé et bientôt oublié. Il a pourtant été repris en 1999 dans le rapport du sociologue Jean-Marie Charon au ministre de la communication Catherine Trautmann « Réflexions et propositions sur la déontologie de l’information », et est disponible sur Internet par ce biais (« charte élaborée par TF1 »).

Une autre « charte », réglant les rapports entre l’actionnaire et la Société des journalistes de TF1 avait été signée le 6 juillet 1987, lors de la privatisation de la chaîne, par Francis Bouygues et Bruno Masure. Elle prévoit notamment que toute entorse aux règles déontologiques « régissant la profession de journaliste » seront examinées par les deux parties (curieux accord puisqu’aucun code ne « régit » cette profession).

Le débat déontologique du début des années 1990, à la suite de sérieuses « bavures » dans les médias, amène la direction de la rédaction et son chef Gérard Carreyrou à mettre au point et proposer un ensemble de dix-huit règles, préparées au second semestre de 1993. Elles sont rendues publiques début 1994, notamment dans un dossier du Monde daté 26 janvier. Le Monde indique que « les deux cents journalistes de TF1 ont accepté ces règles ».Pas tout à fait, car la Société des journalistes, à l’époque en conflit de représentativité avec les syndicat CFTC majoritaire à TF1, n’a pas signé ce texte. « Les journalistes de TF1 n’ont pas choisi, ni accepté de s’imposer » ces règles, déclare-t-elle à l’AFP, lesquelles « n’ont pas été soumises à l’approbation formelle des journalistes ».

Un débat interne et public a alors eu lieu et le PDG, Patrick Le Lay, y a mis fin dans une interview à Télérama (16 février 1994) : « Instaurer une charte déontologique est une décision importante. Mais puisque la Société des journalistes ne l’a pas entérinée, elle n’a pas d’existence officielle même interne. » Ainsi la rédaction de TF1 a bien eu un texte, jamais formellement accepté, jamais formellement abandonné, mais il est tombé en désuétude. Et les successeurs de Francis Bouygues, Patrick Le Lay, Gérard Carreyrou et Bruno Masure ne l’ont jamais remis en chantier. Y.A      Lire ici La Charte déontologique de TF1

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