Archive pour le Tag 'Conseil de presse'

Le conseil de presse du Québec modernise son guide de déontologie

Le Conseil de Presse du Québec a présenté fin  novembre lors de son assemblée général annuelle la « bible » qui lui servira désormais de référence. Ce « Guide de déontologie journalistique » a été rédigé par un panel de six personnes – représentants des journalistes, des entreprises et  membres du public -  désignés en 2013 par les professionnels et les éditeurs . Il  est plus maigre que le texte précédent, 19 pages au lieu de 48.

La précédente version était jugée « verbeuse » , celle-ci devra être un outil pratique et quotidien pour les journalistes débarrassé de ses répétitions, intégrant la jurisprudence du Conseil de Presse et éliminant les  explications pédagogiques destinées au  grand public. « La déontologie est à l’éthique ce que la loi est à la justice : son incarnation, sous forme de prescriptions précises et claires. C’est cet esprit qui a guidé la réécriture des principes que contenait le texte [précédent]. Nous souhaitions un texte clair et concis, sans cependant être précis au point de devenir trop contraignant pour ceux qui seront appelés à l’appliquer — que ce soit des professionnels de l’information, qui s’en serviront pour guider leurs actions, ou encore les membres du comité des plaintes du Conseil de presse, qui y trouveront des standards à appliquer », a affirmé la présidente du Conseil de presse du Québec, Mme Paule Beaugrand-Champagne dans la présentation du guide sur le site du conseil de presse.

Le Guide s’ouvre sur un préambule qui rappelle « que la libre circulation de l’information constitue l’une des plus importantes garanties de la liberté et de la démocratie » , insiste sur le droit du public  à l’information et sur le fait que  « journalistes et médias d’information sont d’abord et avant tout au service du public. Ses règles s’appliquent aux journalistes et aux médias d’information, qui doivent s’assurer quelles sont respectées . Ces normes sont regroupées en trois sections :  indépendance , recherche de la vérité, respects des personnes et des groupes. Un de principes retenus fait écho à des débats récents au Québec : celui qui incite les journaliste, » autant dans leur vie professionnelle que personnelle «  à s’abstenir de « tout comportement ,engagement, fonction ou tâche qui, pourrait les détourner de leur devoir d’indépendance et d’intégrité ». Cela vise notamment l’expression des journalistes sur les réseaux sociaux. Une décision récente de l’ombudsman de Radio Canada avait conclu au devoir de réserve permanent. Position perçue parfois comme diminuant la capacité des journalistes à être citoyen à part entière.

Fondamentalement le métier ne change pas

On notera aussi la liste des qualités que doit avoir l’information : exactitude, rigueur du raisonnement, impartialité , équilibre , complétude. Et que le guide pose qu’il n’existe que « deux genres journalistiques ayant chacun leurs exigences propres : le journalisme factuel et le journalisme d’opinion » , le second s’appuyant sur des faits pertinents et un raisonnement explicité pour arriver à l’opinion exprimée. Concernant  le respect des personnes les auteurs ont dégagées dès règles détaillées, nourries notamment par les cas qui ont fait l’objet de plaintes auprès du Conseil de Presse ces dernières années.
La presse numérique est concerné par ce guide, mais il n’y a pas de règle spécifique la concernant. « Fondamentalement le métier ne change pas », explique la présidente du Conseil de presse au site Observatoire du Journalisme, « les responsabilités des journalistes et des entreprises de presse restent les même». Le seul paragraphe spécifique concerne les commentaires du public, qui ne peuvent être refusés pour son contenu partisan ou pour cacher une information d’intérêt public.
Le Conseil de presse a enfin revu sa procédure interne – ici . Le secrétariat général ne fera plus qu’un travail de collecte des informations sur un cas porté devant le conseil de presse. Jusqu’à présent , il instruisait les plaintes et proposait une solution, influençant les juridictions de décision d’une façon jugée préjudiciable  à l’institution. Un bilan de ces nouvelles procédure sera fait dans un an.

Pour télécharger ce guide : http://conseildepresse.qc.ca/guide/telechargement

Neuf ans de combat pour la création d’un conseil de presse en France : des avancées et des raisons d’agir encore

 L’immobilisme de certains ne doit pas obscurcir le chemin

Fin 2006, création de l’APCP. L’idée d’une autorégulation déontologique de l’information, agitée depuis un siècle et sans cesse repoussée par la profession, a rejailli au début des années 1990 après quelques dérives de belle ampleur (affaire Grégory, Timisoara, Guerre du Golfe, fausse interview de Fidel Castro…). Pour être aussitôt remisée au tiroir, malgré les exhortations des politiques et de la société civile, qui voient les médias français s’enfoncer dans la médiocrité et le contentement de soi (rapport Vistel, avis de Commission nationale consultative des droits de l’homme, avis de Conseil économique et social notamment). L’universitaire Claude-Jean Bertrand prêche dans le désert avec ses MARS (moyens d’assurer la responsabilité sociale des médias).

En Europe après la chute du bloc soviétique, et dans le monde, l’appel à  l’intelligence des professionnels et au dialogue constructif avec le public est la base de nombreuses réformes. En France, le chacun pour soi, l’immobilisme et une certaine arrogance à l’égard du public qui vous fait vivre perdure. L’APCP affronte d’abord les ricanements, les remarques sceptiques, l’ironie et surtout les réactions virulentes de ceux qui, les œillères idéologiques rivées au cerveau, se complaisent dans le déni de réalité et le refus d’affronter celle-ci. « Vous voulez attenter à la liberté des journalistes ? », « A celle des éditeurs ? » Bien évidemment non, puisqu’il s’agit du contraire : renforcer la liberté d’information, qui ne peut être totale sans l’exercice – réel et non supposé – de la responsabilité à l’égard du public.

Puis le tabou a été brisé, l’idée a pu se frayer un chemin dans cet océan d’indifférence teinté d’hostilité. Les Assises du journalisme, les Etats généraux de la presse écrite de 2008, les colloques et innombrables rencontres que nous avons initiés ou auxquels nous avons participé y ont été pour beaucoup. L’oreille attentive et l’engagement de certains syndicats de journalistes, organisations d’éditeurs et de la société civile, ont démontré que le particularisme français pouvait être dépassé, qu’il ne s’agissait pas d’une utopie mais d’une nécessité vitale pour la démocratie, pour les médias eux-mêmes et pour des journalistes largement décrédibilisés auprès d’un public désabusé et en attente d’un geste fort. Le débat est loin d’avoir atteint la société comme dans d’autres pays (on pense notamment au Royaume-Uni), en raison de l’omerta médiatique sur le sujet (voir Le Bulletin de l’APCP n° 48, juin 2015). Mais il est présent désormais dans la profession, notamment parce que trois des six syndicats de journalistes (représentant 70 % aux récentes élections de la carte professionnelle) soutiennent ce projet.

Trois faits marquants sont venus ensuite raffermir, s’il en était besoin, notre conviction. D’abord la création de l’Observatoire de la déontologie de l’information, à notre initiative, en septembre 2012. D’importants médias écrits et audiovisuels, des syndicats de journalistes et d’éditeurs, notamment, l’ont rallié. Ses deux premiers rapports annuels ont reçu un accueil favorable. Surtout, l’ODI fait en permanence la démonstration que sur le terrain de la déontologie – contrairement à ce que certains veulent faire croire – il n’y a pas d’affrontements entre journalistes, éditeurs et « public », chacun apporte son regard, son jugement sur les cas de manquement à la déontologie que l’actualité apporte en permanence. Dans le respect de tous (comme cela se passe dans presque tous les conseils de presse dans le monde). Son objet même montre ses limites, car il s’est interdit de répondre aux questions qui lui sont adressées en prenant position, en donnant son avis sur tel ou tel cas, ce qui est l’objet premier d’un conseil de presse.

Il y a eu ensuite le rapport de Marie Sirinelli, commandé à notre sollicitation par l’ancienne ministre de la culture et de la communication Aurélie Filippetti et remis le 23 février 2014. Un tour d’horizon complet, sans a priori, qui montre avec éloquence que le fruit est en train de mûrir : « la majorité des acteurs concernés, constate la magistrate, paraissent favorables, ou à tout le moins non opposés, à la création d’une instance, mais aucun consensus ne semble, à l’heure actuelle, se dessiner sur le sujet ». Mais les irréductibles ne désarment pas et à court d’arguments, n’hésitent pas à créer et entretenir une désinformation radicale sur notre projet de création d’une instance de… déontologie !

Les prises de position de la nouvelle ministre Fleur Pellerin ont, pour la première fois, affirmé le soutien de l’exécutif à la mise en place volontaire d’un conseil de presse. Elle l’a clairement fait savoir lors des Assises du journalisme d’octobre 2014, saluant le rôle-clé de l’ODI, indiquant que « la dynamique créée a vocation à s’amplifier, et peut constituer le socle d’une véritable autorégulation de l’information à la française ». Elle a enfoncé le clou dans u discours du 2 juin 2015, à propos des aides à la presse (lire page 1). Elle y évoque des conditions d’obtention de ces aides, notamment l’adhésion des journaux «  à un organisme collectif de vigilance en matière de déontologie ».

Derrière la création d’un conseil de presse, il y a en effet plusieurs questions fondamentales en jeu. D’abord et contrairement à certains détracteurs, c’est l’instrument adéquat pour conforter et défendre la liberté d’expression et d’information. Et c’est, en corollaire, le droit des citoyens d’une société démocratique à disposer d’une information de qualité : seul un conseil de presse peut combattre la pente fatale collective vers la médiocrité. C’est aussi l’affirmation que l’instance chargée d’y veiller doit associer les parties prenantes : éditeurs, journalistes, représentants du public. Celui-ci a son mot à dire, autrement que par des commentaires hargneux en réaction à ce qui est publié ou diffusé. Une balise, un phare qui indique les récifs dangereux. Y.A.

Lire ici le projet de l’APCP

Déontologie de l’information : la supériorité d’un conseil de presse sur le CSA

Les interventions intempestives, le 11 février 2015, du Conseil supérieur de l’audiovisuel, auprès de seize chaînes de radiotélévision, la plupart pour des manquements à « l’ordre public », ont provoqué de vives réactions à l’égard du « gendarme de l’audiovisuel » (voir Le bulletin de l’APCP n° 45, mars 2015). Ses 36 décisions de mise en garde et mise en demeure sont en effet à comparer avec les 10 décisions de même nature pour l’ensemble de l’année 2014, dont 7 seulement pour des émissions d’information et 3 pour d’autres programmes (voir à propos du  rapport 2014 du CSA ).

Ces décisions ne sont toutefois pas le fruit du hasard, y compris au regard des événements exceptionnels de début janvier. Nous avons déjà alerté les professionnels et les pouvoirs publics sur les ambitions et l’expansionnisme du CSA, qui vise à étendre son pouvoir de régulation administrative et politique à l’ensemble des médias. Aussi est-il opportun de s’interroger à nouveau sur sa légitimité à intervenir en matière de déontologie de l’information, à travers plusieurs questions.

Pourquoi les chaînes acceptent-elles la tutelle du CSA en matière de déontologie ? Elles n’ont pas le choix, en l’état actuel des choses la législation les y oblige. Le CSA possède de plus une « arme de dissuasion massive » : c’est lui qui attribue les autorisations d’émettre et leur reconduction, en même temps qu’il est chargé de faire respecter les lois en vigueur et « l’honnêteté » de l’information ». Ces autorisations passent par la signature de conventions (chaînes privées) ou cahiers des charges (chaînes publiques), dans lesquels il a introduit à partir de 1997 des règles à caractère déontologique. Soigner les rapports avec l’instance n’est pas seulement une question de morale professionnelle, c’est une nécessité administrative…

Le CSA peut-il être juge des contenus informatifs ? C’est toute la question d’une instance administrative, nommée par le pouvoir politique, qui est à la fois régulateur économique et chargé de faire respecter les bonnes pratiques en matière d’information. Une telle confusion des missions pose problème.

Quelle est la légitimité du CSA en matière de déontologie ? Le CSA est comptable aux yeux de la loi du respect de « l’honnêteté de l’information ». Notion complexe, qui n’a été définie par aucun texte – législatif ou professionnel – s’imposant aux médias et aux journalistes. Et la déontologie est par définition un ensemble de règles de bonne conduite que se donnent les professionnels eux-mêmes. Le CSA s’est arrogé à partir de 1997 un pouvoir qui ne lui appartient pas. En outre, quelle profession peut accepter d’être jugée sur son travail par une instance nommée par les autorités politiques ?

Pourquoi deux poids et deux mesures (audiovisuel vs presse écrite et en ligne) ? Les lois de 1982 puis de 1986 ont réservé un sort particulier à l’audiovisuel, à côté de la loi fondatrice de 1881 sur la liberté de la presse. D’une part pour sortir « en douceur » d’un quasi monopole d’Etat depuis la seconde guerre mondiale. D’autre part pour introduire une régulation dans l’attribution des fréquences, qui ne sont pas illimitées et doivent faire droit au principe constitutionnel de pluralisme. Mais désormais, les contenus de toute nature étant disponibles sur Internet, cette dichotomie est absurde et anachronique. Que l’on régule administrativement les fréquences, soit, pour les contenus, la contradiction est flagrante avec la loi de 1881.

Quels sont les atouts d’une instance vraiment indépendante pour tous les médias ? Ils sont multiples et répondent à toutes ces interrogations. Car une instance de médiation et de déontologie de l’information (de type conseil de presse) :

  • n’est pas nommée par le pouvoir politique;
  • n’est pas une instance judiciaire ou administrative ;
  • est un lieu de concertation entre les professionnels et des représentants du public ;
  • concerne tous les médias ayant le statut d’éditeur d’information ;
  • peut être saisie par toute personne ou groupement, et ses interventions sont gratuites (le fonctionnement est assuré par la profession, souvent avec un subventionnement public) ;
  • agit aussi comme médiateur, pour aplanir les conflits ;
  • donne des avis, pas des sanctions ; faisant appel à la responsabilité individuelle et collective, elle aide, explique, encourage, montre la voie.

Sortir de la confusion et d’une situation anormale et inadaptée est un devoir pour tous les acteurs, médias, journalistes, société civile, pouvoirs publics. Compte tenu des incompréhensions et blocages persistants, ces derniers seraient bien inspirés de prendre une initiative. Y.A.

 

 

 

 

 


 

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