Réguler la déontologie n’est pas évaluer la ligne éditoriale

L’évolution générale des mœurs et la course à l’audience des médias peut les conduire à traiter des sujets qui auraient été ignorés il y  a quelques années. Et amener un conseil de presse à rendre un avis déontologique circonstancié sur certains sujets qui font autant le « buzz » auprès d’une partie du public qu’ils en choquent une autre. Le Conseil de Déontologie Journalistique belge a ainsi récemment rejeté une plainte visant le site d’un important quotidien Dernière Heure accusé de pornographie.
L’article de Dhnet.be incriminé date du 30 juin dernier. Sous le titre « La sextape …de la gare du Midi (Vidéo) »  une photo du hall d’entrée de la grande gare bruxelloise où on distingue un couple dont on comprend, influencé par le titre lui même, qu’il se livre à un acte sexuel. Juste en dessous de cette saisie d’écran, un lien hypertexte rouge à cliquer : « Vidéo: sextape la gare du midi ». A l’évidence, tout est fait éditorialement pour que le lecteur ne manque pas cette vidéo – et la fasse circuler. L’article de 750 mots qui l’accompagne est factuel, et comprend une double mise en contexte sur les peines encourues par le couple et sur l’avis d’une sexologue sur l’exhibition. Il serait intéressant, puisque les outils de mesure d’audience le permette, de savoir qui de l’article et de la vidéo a eu le plus le visites. Ce qui, il est vrai, relève de la connaissance générale des médias et du public, pas de la déontologie journalistique…
Cette publication n’a en tout cas  pas plu à un lecteur – ou  plutôt l’a dans doute profondément choqué – et il  a donc saisi le CDJ. Il déplore que le journal ne sache plus quoi faire « pour attirer les lecteurs » et que  « cela ouvre la porte à toutes sortes de déviances ». Mais ce plaignant se rend bien compte que cette appréciation critique de la ligne éditoriale ne suffit pas à saisir le CDJ. Il argumente donc sur 3 violations à ses yeux du code de déontologie que seraient l’atteinte au droit à l’image et à la vie privée du couple et le non respect de la dignité humaine.
L’avis du CDJ est net. Il rappelle d’entrée qu’ « il n’est pas juge du bon et du mauvais goût, du respect plus ou moins commercial des choix rédactionnels ni du respect des bonnes mœurs ». Et réfute un à un les arguments du plaignant. Non sans humour lorsque par exemple il explique qu’il n’y a pas atteinte à la vie privée ou au droit à limage puisque « les personnes concernées ont rendu elles-mêmes leur image publique ou consenti de manière tacite mais certaine à l’hypothèse d’une prise de vues » . Surtout, le CDJ valide déontologiquement le travail de Dhnet.be qui a démontré avoir pris le temps d’authentifier le document vidéo et de masquer les visages des protagonistes, et a veillé « à avertir son public du caractère délicat » du sujet et de la vidéo tout en l’encadrant par des informations de contexte.
Chacun se fera son avis sur l’intérêt, le ton, l’objectif  de la publication de cette vidéo. Mais la décision et les attendus  du CDJ sont une belle démonstration qu’un conseil de presse n’est ni un censeur ni un gardien du politiquement correct ou de la pensée unique. Bref, que réguler  la déontologie n’est pas évaluer la ligne éditoriale. PG.

« Les journalistes ont l’obligation de ne pas verser dans la propagande » rappelle la F.E.J.

Réunie fin novembre à Moscou, la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ)  a fait le tour des grandes questions sociales et éthiques auxquelles sont confrontés les journalistes européens. On retiendra ici , dans un contexte économique et social où les réductions de moyens et l’exacerbation de la concurrence pèsent lourd, ce rappel  que  « les journalistes et leurs syndicats ne doivent pas perdre de vue les valeurs fondamentales et les principales batailles pour défendre les droits d’auteurs, l’éthique, l’indépendance et le pluralisme des médias« . Un long passage de la résolution finale  est consacré à la situation des journalistes en Europe de l’Est, et plus particulièrement à ceux qui couvrent les évènements d’Ukraine et les combats en Ukraine orientale. « Le dialogue, la solidarité et l’éthique du journalisme sont des alliés précieux lors du travail journalistique en temps de guerre » dit la la FEJ, qui rajoute ce rappel bienvenu :« les journalistes ont l’obligation de ne pas verser dans la propagande. »

Les congressistes, y compris les représentants russes du RUJ , ont  déploré que « la liberté dans les médias en Russie [ait] diminué considérablement ces deux dernières années », citant par exemple le cas d’un journaliste emprisonné et poursuivi pour « insulte envers un fonctionnaire public » après avoir comparé,dans une enquête sur la corruption, un  « procureur régional avec un conducteur de tracteur à cause de son apparence négligée » . Enfin, la FEJ s’inquiète des menaces sur le pluralisme dans l’audiovisuel, et va réaliser une étude  sur  « l‘état actuel de la radiodiffusion de service public à travers l’Europe en termes de financement, d’indépendance et de diversité, et de la qualité du contenu ». La FEJ regroupe 60 syndicats de 39 pays européens, et affirme représenter  320 000 journalistes.PG

La BD, antidote à la frénésie des médias

La bande dessinée d’actualité va faire son entrée dans les établissements scolaires. La prochaine semaine de la presse à l’école en mars 2015 aura pour thème « une info, des supports ». Le dossier pédagogique établi par le Clémi* propose entre autre aux enseignants d’explorer le rôle de la BD, et de faire raconter par leurs élèves un fait d’actualité dans un strip de trois à six cases ou de « mettre en récit l’analyse d’un fait d’actualité à l’aide d’une bande dessinée animée« . On y apprendra sans doute la recherche d’éléments d’information et la nécessité de prendre son temps pour les restituer.

Car le dessin est l’antidote à la frénésie des médias. C’était une des leçons de l’atelier consacré à la BD, au dessin animé et au journalisme qui s’est tenu le 18 octobre aux Assises du Journalisme à Metz. Il n’est pas question ici du dessin de presse, édito croqué chaque jour dans le feu de l’actualité. Mais de récits, d’enquêtes, de reportages qui se déploient sur des dizaines de pages dans des revues comme XXI ou La Revue Dessinée.

L’actualité qui a parfois été le décor de la bande dessinée – témoin l’œuvre d’Hergé – en devient ici  le sujet. Les conditions de production – plusieurs jours pour une planche, plusieurs mois pour un récit complet – conduisent à un « journalisme à mouvement lent » explique Jean-Christophe Ogier, animateur du prix France-Info de la bande dessinée d’actualité et de reportage. La richesse du support qui demande au lecteur temps et concentration offre plusieurs niveaux de lecture, du dessin qui reconstruit le réel  tout en signifiant cette reconstruction à « l’abstraction qui permet de présenter de façon simple en une planche des faits extrêmement complexes » souligne David Servenay, cofondateur de La Revue Dessinée.

Le dessin peut être un complément ou un prolongement du reportage vidéo. C’est le cas  avec la BD « Les larmes du seigneur«   inspirée d’un reportage de la RTBF. Recourir à la BD, témoigne Pascale Bourgaux, « permet d’aller dans les coulisses, de montrer le hors champ des situations filmées » comme s’il y avait, d’une case à l’autre plusieurs caméras.

Pour le film « L’embuscade«  qui retrace la mort de 10 soldats français en peut 2010 en Afghanistan, des séquences en dessin animé ont permis de donner à voir ce que racontaient les survivants. Journaliste, dessinateur et animateur se sont imposé une extrême rigueur dans la collecte des faits pour que le dessin animé reconstitue sans trahir. Par respect du public et des acteurs de ce drame, ils se sont interdits tout sensationnalisme, par exemple en ne reconstituant pas les instants où un homme est tué. Jérôme Frittel, l’auteur de « L’embuscade » affirme que les téléspectateurs de la génération numérique ont fait la différence entre l’univers virtuel qu’ils fréquentent, notamment dans les jeux, et la représentation de faits réels.

Ce journalisme dessiné demande du temps, et exige beaucoup de rigueur dans le recueil des faits, puis leur analyse minutieuse, pour pouvoir les traduire avec un dessinateur en images porteuses d’information. Mais il permet d’exprimer tous les genres du journalisme, du reportage à l’éditorial. René Pétillon, le créateur de Jack Palmer et aussi dessinateur de presse dans les colonnes du Canard Enchainé, expliquait ainsi le 5 novembre lors du premier numéro de L’émission dessinée produite sur l’internet par la Revue Dessinée, qu’il doit être « pertinent et impertinent » dans son approche des faits, pertinent car « pour dessiner sur l’actualité il lui faut de l’information fiable », impertinent pour ne «pas se contenter de reproduire la langue de bois qu’on trouve un peu partout ». Pierre Ganz

* Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information

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