La charte est rédigée, reste à l’insérer dans la convention collective

Attendue depuis les Etats généraux de la presse, la charte de déontologie a été rendue publique le 27 octobre. Elle a été rédigée par un comité de “sages”, dont Bruno Frappat, président d'honneur du groupe Bayard et Jérôme Bouvier, organisateur des Assises du journalisme. Vous pouvez la lire ici . A plusieurs reprises, le public, si cher à l'APCP, trouve sa place dans le processus d'information, avant et après publication. C'est devant lui, surtout, que les professionnels de l'information ont une lourde responsabilité.

Cette charte ne résoudra pas à elle seule la question des dérives médiatiques. Il faut désormais l'inscrire dans la convention collective nationale des journalistes. Le “bébé” est entre les mains des syndicats de journalistes et d'éditeurs. Nous espérons qu'ils s'entendront.

Une fois dans la convention collective, la charte aura une importante force morale, et peut-être juridique.

Mais l'APCP continue de penser que le dernier étage du dispositif est une instance d'éthique et de médiation, indépendante des pouvoirs économiques et politiques. Elle se référerait à la charte pour traiter les litiges avec les lecteurs. Elle ne serait pas un Ordre des journalistes -nous le refusons en bloc-, mais un lieu de discussion et de médiation dont le but serait d'éclairer le public sur le processus d'information, d'éclaircir les raisons de dérives médiatiques et de rappeler aux journalistes et éditeurs quelques principes fondateurs de leur travail. Et si, dans certains cas, les journaux devaient publier ses avis?



Assises du journalisme : un nouveau pas vers une charte et une instance d’éthique

L'APCP était présente aux Assises internationales du journalisme et de l'information qui se sont tenues à Strasbourg du 5 au 9 octobre 2009. Notre combat pour plus de qualité et plus d'éthique dans l'information destinée aux citoyens a progressé.

Trois étapes importantes ont été franchies.

1. Le public a enfin droit de cité dans les débats professionnels

2. Un code déontologique pour tous, c’est désormais possible

3. Pour créer une instance d’éthique et de médiation, il faudra vaincre notamment les résistances de ceux qui restent arc-boutés sur une vision de l'information limitée aux frontières de l'entreprise, contraire au “vécu” des publics.

Le public bouscule les corporatismes.    Dans les ateliers, la place nécessaire du public au sein de chaque dispositif de régulation, de médiation, de veille déontologique a été (enfin) clairement affirmée et réaffirmée. Les sociétés de journalistes (par la voix de Jean-Michel Dumay, Le Monde) ont exprimé leur accord pour que le public « ait sa place dans tout dispositif ». Le SNJ se déclare favorable à une forme de commission chargée de « faire vivre la charte » et dans laquelle le public serait présent (“c’est ouvert”). 

L’adoption d’une charte, bien qu’insuffisante, est « un geste spectaculaire vis-à-vis du public » (Jacques Morandat, FFAP). Il faut faire triompher « le droit du public à être correctement informé » (Jean-Luc Martin-Lagardette, APCP). En conclusion de l’atelier « carte de presse », l’animateur Amaury de Rochegonde (Stratégies) : « Le tiers gagnant : le public ». Et Loïc Hervouet, dans ses conclusions de l’atelier « médiation », met en avant la nécessité « d’associer le public à toutes ces demandes de médiation », qu’elles soient locales par entreprise ou nationales. (…)

Un code de déontologie : le consensus est possible.    Code, charte, texte de référence éthique… un consensus s’est dégagé dans l’atelier ad hoc… en l’absence il est vrai de représentants des éditeurs, à l’exception de Jacques Morandat. Le « Comité des sages » (onze personnes, présidé par Bruno Frappat, issu des Etats généraux de la presse écrite) aura bientôt mis au point son avant-projet. Ce texte court s’articulera autour des têtes de chapitre de la « Charte qualité de l’information », elle-même concoctée à partir de la charte de Munich : le métier de journaliste, le recueil et le traitement de l’information, le respect dû aux personnes, l’indépendance des journalistes.

Au sein du comité, un consensus paraît s’être fait pour impliquer l’ensemble de la chaîne de fabrication intellectuelle : éditeurs, hiérarchie rédactionnelle, journalistes. Ce texte sera ensuite remis entre les mains des partenaires sociaux. C’est là que tout se jouera, sous la pression des pouvoirs publics qui semblent décidés à ce que le processus arrive à son terme, comme en témoigne l’allocution vidéo du ministre de la culture et de la communication le 8 octobre.

On a pu observer aux Assises deux écueils et une ouverture… vers un « conseil de presse ». Premier écueil : le risque de surenchère syndicale entre les journalistes. Certains réclament des « droits » dans un texte de référence déontologique, qui ne constitue par nature qu’un énoncé des devoirs (cf. charte 1918).

Second écueil : les résistances sont encore fortes du côté des patrons. Leur participation aux Assises était peu consistante, en dehors de quelques intervenants des tribunes. Les propos de Marc Feuillée (groupe L’Express-Roularta) ou de Christophe Victor (groupe Le Figaro), lors de l’atelier « Pourquoi tant de haine ? » – et  même d’Alain Boulonne (ex L’Yonne républicaine, ex président de la FNPF, membre du Comité des sages) – témoignent d’une volonté toujours vivace de privilégier le niveau de l’entreprise de presse. (…)

Instance d’éthique et de médiation : une avancée insuffisante.    Le conseil de presse ou l’instance d’éthique et de médiation, ainsi que la nécessaire autorégulation des médias, sont dans les esprits. C’est une avancée de plus, qui montre que notre travail a porté des fruits et qui conforte les orientations de l’Assemblée générale de l’APCP du 17 septembre 2009. Mais c’est encore très insuffisant. Nous sommes ainsi encouragés à poursuivre notre action, à l’élargir, surtout lorsqu’on entend Philippe Potentini (Conseil de l’Europe ) : « Un mécanisme dédié (de suivi des questions d’éthique de l’information) est le plus important ; c’est ce qu’on constate partout en Europe ». Ou, comme l’a aussi dit Philippe Merlant ( La Vie, membre fondateur de l’APCP) : « Un texte sans instance, à quoi ça sert ? ».

Le plus difficile sera sans doute de convaincre les employeurs. Nous aurons besoin de nous mettre aussi au clair avec les syndicats de journalistes : la perspective d’une instance (et doit-elle ou non être rattachée à la CCIJP ?), ses contours, son rôle, restent encore très flous dans ces organisations. (…)

Mais le passage du discours de Frédéric Mitterrand sur « la défense des valeurs du journalisme » peut nous aider à rester optimistes : « L’Etat a souhaité que la profession s’organise pour rédiger elle-même un code déontologique. Je m’emploierai résolument à ce qu’il puisse être reconnu et appliqué rapidement par toute la profession ».

Yves Agnès, président de l'APCP

-Lire l'intégralité du résumé des Assises concocté par Yves Agnès  cr2assisesjournalismepourblogoct09.doc

Notre assemblée générale du 17 septembre

Retrouvez ici notre compte-rendu complet.

Le cas échéant, le lien complet est le suivant : http://apcp.unblog.fr/le-conseil-dadministration/

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