Archive pour le Tag 'politique'

La sénatrice Nathalie Goulet propose à son tour la reconnaissance de l’équipe rédactionnelle

Nathalie Goulet, Sénatrice UDI de l’Orne, a de la suite dans les idées. Lors de l’examen du projet de loi sur la transparence de la vie publique, en juillet 2013, elle avait en vain tenté de faire adopter l’ interdiction pour un  parlementaire de détenir une entreprise de presse  ou d’y exercer  des fonctions de direction.

C’était , lui ont fait  valoir ses collègues sénateurs et le gouvernement, oublier les Jaurès, Clémenceau, et quelques autres … Mais la sénatrice persiste dans l’idée de « rééquilibrer les relations entre les acteurs des entreprises de presse » , et reprend dans une proposition de loi la revendication des syndicats de journalistes d’une reconnaissance juridique de l’équipe rédactionnelle.  Elle affirme dans l’exposé des motifs de cette proposition de loi  que « l’existence même d’un statut protecteur deviendra ipso facto un frein à d’éventuelles tentatives de pression. »

Nathalie Goulet © France 3 Basse-Normandie

Nathalie Goulet © France 3 Basse-Normandie

Son texte est assez proche de celui proposé le 22 janvier 2010 par le député socialiste Patrick Bloche – et cosigné à l’époque par Jean-Marc Ayrault. Il s’est également inspiré des travaux du SNJ sur la question. L’article 1 stipule que « toute entité juridique employant des journalistes professionnels au sens de l’article L. 7111-3 du code du travail, produisant ou diffusant de l’information peut, à l’initiative d’un seul journaliste, constituer un Conseil de rédaction. » Il ne fait  pas de la reconnaissance de l’équipe rédactionnelle une obligation , comme la proposition Bloche, mais le rend possible voire incontournable dès que sa création est demandée.  Nathalie Goulet propose en effet de lier les aides publiques aux médias au respect d’une demande de création d’un conseil de rédaction. Les missions dévolues à ce conseil de rédaction seraient notamment de s’assurer de l’indépendance des journalistes dans l’exercice de leur profession, y compris vis-à-vis des actionnaires du média,  de parer les conflits d’intérêt, d’exprimer des avis sur le choix du directeur de la rédaction,  de veiller au respect de la ligne éditoriale. Le conseil serait également consulté en cas d’augmentation de capital, ou d’éventuelle cessation d’activité.

Cette  proposition de loi est depuis quelques jours  sur le bureau de la toute nouvelle présidence du Sénat. L’association les Indignés du PAF a lancé une pétition en ligne pour soutenir la proposition de la sénatrice. Il y a encore beaucoup d’obstacles politiques pour qu’elle vienne en discussion, et encore plus pour qu’elle soit adoptée, mais Nathalie Goulet veut croire que sa proposition aura « une vie parlementaire« . D’autant que ces dernières années ont montré que lorsqu’ils  sont dans l’opposition, les parlementaires proposent des dispositifs législatifs pour renforcer l’indépendance des journalistes et des rédactions, et donc la qualité de l’information délivrée aux citoyens, et tardent à les mettre en chantier quand ils sont dans la majorité. Mais l’initiative de Nathalie Goulet a le mérite, après d’autres, de relancer un débat nécessaire. P.G. màj le 8 octobre

Interview d’Aurélie Filipetti

« Tout ce qui favorise la médiation entre la presse et le public est à encourager », affirme celle qui allait devenir la nouvelle ministre de la culture et de la communication. L’APCP l’a interrogée le 10 avril 2012, en pleine campagne. Aurélie Filipetti était chargée, dans l’équipe de campagne de François Hollande, des secteurs culture et médias. 

 

Comment jugez-vous, du point de vue de la démocratie, la situation de l’information ? 

Je suis très inquiète. Les médias n’ont plus suffisamment de liberté, d’indépendance. C’est un vrai recul, comme en témoigne la place de la France dans le classement de Reporters Sans Frontières. Cette place est symptomatique d’une série de crises : concentrations dans la presse écrite ; implication de groupes industriels recevant des commandes publiques dans de grands médias, un cas unique au monde qui demande une attention particulière ; législation insuffisante sur la protection des sources… L’indépendance des rédactions est bafouée, des journalistes espionnés, de fortes pressions sont exercées par le pouvoir politique. C’est un recul, une grande source d’inquiétude.

Et sur la qualité de l’information ?

Je suis pour l’indépendance des médias et des journalistes. On n’a pas à juger le fond. Le combat à mener est de garantir les conditions qui leur permettent de faire leur travail correctement. Or beaucoup d’entre eux sont précarisés et ne sont pas dans de bonnes conditions pour y parvenir. Dans quels domaines et avec quelles limites le « politique » doit-il intervenir en faveur de l’information des citoyens ? Il faut d’abord doter les rédactions d’une reconnaissance juridique, afin qu’elles retrouvent cette capacité et cette liberté qui devrait être la leur. Il faut aussi redéfinir des seuils de concentration pour l’ensemble des médias, et que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, pour ce qui le concerne, tienne compte de ces nouveaux critères dans la régulation dont il est chargé. Pour la presse écrite, il faut éviter dans les régions des situations de monopole qui s’aggravent. Dans les situations où un journal est en difficulté, les repreneurs possibles ne sont pas forcément des industriels… Il faut aussi revoir la législation sur les archives et les données publiques, afin d’assurer une ouverture très large à tous les citoyens.

 

Faut-il réformer le CSA ?

Oui, et d’abord son mode de nomination. Les membres du CSA doivent être nommés par une majorité qualifiée des deux commissions des affaires culturelles de l’Assemblée nationale et du Sénat, afin d’assurer une nomination réellement démocratique et pluraliste. Mais le CSA doit aussi disposer de pouvoirs renforcés, et de sanctions renforcées, pour lutter notamment contre les concentrations. En matière de déontologie, on peut s’interroger aussi sur l’élargissement des compétences du CSA et les sanctions possibles.

Ne faut-il pas assurer une représentation du public ?

Le CSA doit être composé de personnalités compétentes. Avec un nouveau système de nomination des « sages » de l’audiovisuel, par des parlementaires de la majorité et de l’opposition, le CSA deviendra vraiment indépendant. Faut-il favoriser l’adoption d’un code déontologique reconnu par toute la profession ? Il ne faut pas réinventer une charte déontologique, il en existe déjà. De  plus, ce n’est pas au politique de dire ce que doit être un texte déontologique, c’est à la  profession. En revanche, la législation peut obliger à ce qu’un code, négocié dans l’entreprise, soit annexé au contrat de travail, afin que le journaliste soit protégé lorsqu’il le respecte.

Êtes-vous favorable à une instance nationale de déontologie de l’information, de type « conseil de presse » ?

Oui, c’est une bonne idée, ce serait quelque chose d’utile. Tout ce qui favorise la médiation entre la presse et le public est à encourager. Il ne faut pas opposer les journalistes et le public (d’ailleurs, les jeunes journalistes sont désormais totalement dans l’interactivité, ils n’ont plus de réflexe méfiant vis-à-vis du public). Le politique peut encourager la création d’une telle instance, mais sans être trop dirigiste.

Que proposez-vous d’autre dans le domaine de l’information ?

Nous voulons aussi une réforme des aides à la presse. D’autre part, je suis très attachée à l’éducation aux médias et il faut la développer. C’est essentiel pour avoir des citoyens éclairés, capables de bien « traiter » les informations qu’ils reçoivent.

Propos recueillis par Yves Agnès et Guy Vadepied

 

Interview publiée dans le bulletin n°18 fichier pdf

Tous nos bulletins en cliquant ici.

 

 

Déontologie et régulation des médias: six candidats à la présidentielle s’expriment

Six candidats (ou représentants) à la présidentielle ont répondu à notre questionnaire sur la régulation et la déontologie des médias. Ce sujet fait peut-être partie des déterminants de votre vote. Alors, lisez le tableau récapitulatif en page 3 de notre  bulletin n°16, ou/et étudiez les six interviews dans le bulletin n°15 et le  bulletin n°16.

Un rappel, les deux tours de la présidentielle ont lieu les 22 avril et 6 mai.

 

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