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L’IPSO se déclare incompétent sur les incitations à la haine qui ne visent pas un individu

Quelques jours après la mort de centaines de migrants dans les eaux de la Méditerranée, la chroniqueuse Katie Hopkins avait écrit dans The Sun un virulent appel au rejet de ces migrants. Sous le titre « Des canots de sauvetages ? J’utiliserais plutôt des hélicoptères de combat pour arrêter les migrants », elle comparait les foules fuyant les guerres de Syrie et d’Afrique vers l’Europe à des cafards. La polémiste se refusait à toute compassion devant les images de cadavres : « Montrez-moi des images de cercueils, montrez-moi les corps flottant dans l’eau, jouez du violon et montrez-moi des gens maigres et tristes. Je m’en fiche ! » écrivait-elle en comparant la présence de migrants en Grande-Bretagne à « un fléau d’humains sauvages ».

Le tollé a été international, jusqu’à une déclaration du Haut commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies, soulignant que le mot cafard avait été utilisé par les nazis et les génocidaires rwandais. Zeid Ra’ad Al Hussein a invité « le gouvernement britannique, les médias et les organismes de régulation à respecter les lois nationales et internationales sur la lutte contre l’incitation à la haine ». Une pétition en ligne demandant qu’on retire à Katie Hopkins sa chronique hebdomadaire a recueilli 300 000 signatures.

L’Independent Press Standards Organisation, instance patronale qui a pris la suite en septembre 2014 de la  Press Complaints Commission discréditée lors du scandale des écoutes de News of the World, a reçu en quelques jours environ quatre cents plaintes. Deux, pour « inexactitude », sont encore à l’étude. Toutes les autres ont été écartées. Ces plaignants avaient invoqué la discrimination et l’appel à la haine. La discrimination est prévue dans le code éthique que l’IPSO veut faire respecter. Son article 12 enjoint à la presse d’éviter les propos « préjudiciables ou péjoratifs relatifs à la race, la couleur, la religion, le sexe, l’orientation sexuelle d’un individu ». Aucun individu n’est cité dans l’article de Katie Hopkins, argumente l’IPSO pour refuser d’examiner ces plaintes. La nouvelle instance des éditeurs de presse britanniques ne retient la discrimination que si un individu est spécifiquement visé. Celle contre des groupes de personnes ne sont pas dans son champ de compétence, a expliqué en substance sont porte-parole.

Cette décision de l’IPSO jette un doute sur sa légitimité, a réagi le syndicat britannique des journalistes. Le président du conseil d’éthique du NUJ parle d’un article « vicieux, raciste, et incendiaire » et estime que Katie Hopkins et The Sun  sont responsables d’une incitation à la xénophobie. A ses yeux, ce « langage doit être considéré comme une violation du code éthique » de la presse. Le NUJ appelle donc à une modification de ce code, permettant d’analyser comme violation potentielle de la déontologie des articles qui dénigreraient « des groupes entiers de personnes dans la société, qu’ils soient migrants, demandeurs d’asile, les femmes, les personnes handicapées ou LGBT ».  Des dispositions en ce sens existent dans plusieurs codes, par exemple en Belgique ou au Québec. Les conseils de presse analysent régulièrement des plaintes sur ce motif, pas toujours au détriment des médias.

Le débat sur l’article de Katie Hopkins n’est pas pour autant clos en Grande-Bretagne. Deux plaintes ont été déposées pour violation de la loi sur l’ordre public et incitation à la haine raciale. Mais certains commentateurs redoutent une remise en cause de la liberté d’expression, comme Zoe Williams, chroniqueuse au Guardian, qui écrit à propos de sa consœur du Sun : « Je ne dis pas qu’il faut l’empêcher de s’exprimer : je dis qu’il faut la combattre ». Des controverses qui font écho à celles que l’actualité, du cas Eric Zemmour au drame de Charlie Hebdo, nourrit de ce côté-ci de la Manche depuis quelques mois. Pierre GANZ

* Sur IPSO : http://apcp.unblog.fr/2015/03/27/la-nouvelle-instance-de-regulation-britannique-critiquee-par-la-chambre-des-lords/

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