A l’heure où le secret des sources fait l’objet de toutes les attentes, il n’est pas sans intérêt de s’intéresser à un autre volet de la relation entre un journaliste et ses sources : l’impact négatif qu’elle peut parfois avoir sur des personnes qui ne sont pas des habitués des médias. Le comité d’éthique de l‘Association canadienne des journalistes* vient de rendre public les réflexions d’un panel ad hoc sur la question du consentement des sources à être publiées. Trois journalistes expérimentés de la presse écrite audiovisuelle et une enseignante en journalisme composaient ce panel. Leur rapport soulève de bonnes questions.
L’explosion des outils et des médias numériques a démultiplié la possibilité pour chacun d’être une source. Si une personnalité publique sait ce qu’elle fait quand elle répond à un journaliste, une personne inexpérimentée voire vulnérable – marginaux, victimes – ne comprend pas forcément ce qui en jeu. « Partager une information avec un journaliste n’est pas un acte sans risque » soulignent les membres du panel, qui listent parmi les effets négatifs possibles la publicité, le sentiment d’humiliation, la perte de son emploi, la résiliation d’un contrat d’assurance, la déstabilisation des relations sociales ou psychologiques, le fait d’être ridiculisé ou agressé par les commentaires en ligne.
Le journaliste peut-il se contenter d’informer ses interlocuteurs les plus fragiles, en suivant par exemple la formule utilisée par Neil Steinberg du Chicago Sun-Times pour recueillir un accord : « Vous comprenez que j’écris pour un journal. Que je vous parle parce que je vais mettre ce que vous dites dans un article, qui apparaitra dans le journal, que les gens pourront alors lire » ? Certains répondent non, s’alignant sur la démarche des médecins, pour lesquels le consentement à un traitement sans connaissance des conséquences potentielles est considéré comme nul et non avenu. D’autres répondent que le devoir des journalistes « est d’informer les gens, pas de prendre soin d’eux » et qu’un journaliste n’est ni un travailleur social, ni un avocat, ni le conseiller de ses sources.
Au Danemark l’article B/6 du code éthique affirme que « lors de la collecte et de la publication des informations, la confiance des autres ne doit pas être trahie. Il ne faut abuser ni des sentiments d’autrui, ni de son ignorance, ni de son manque de contrôle de soi « . Le conseil de presse danois a ajouté cette recommandation « Une attention particulière doit être accordée aux personnes qui peuvent ne pas réaliser les effets de leurs déclarations ». Le comité d’éthique de l’Association canadienne des journalistes ne vas pas plus loin. Il se refuse à fixer des règles, notamment parce qu’il est délicat de définir des critères permettant d’identifier ceux qui mériteraient un traitement différent en tant que source. Il rappelle que « l’empathie et la sensibilité aux sources » sont des valeurs journalistiques. Et il invite les médias à discuter en interne de ces questions pour identifier et comprendre ces personnes « vulnérables ». P.G.
* association fondée dans les années 90, qui se donne comme mission de « promouvoir l’excellence dans le journalisme » et regroupe 1500 journalistes canadiens, aussi bien anglophones que francophones
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