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Vocabulaire et déontologie : la fameuse question de l’objectivité du journaliste

Une phrase du deuxième rapport de l’Observatoire de la déontologie de l’information a fait réagir Jean-Luc Martin-Lagardette, journaliste retraité et l’un des membres fondateurs de l’APCP. Il s’agit de la distinction entre « objectivité » et « honnêteté ». « Il est vrai que l’objectivité totale est impossible, y compris d’ailleurs pour les sciences exactes », écrit notamment Jean-Luc Martin-Lagardette dans un courrier adressé aux membres de l’ODI et à ceux de l’APCP, proposant de « revisiter » la question. 2014 12 01 Encadré objectivitéEn effet, « il est impossible, quel que soit le domaine examiné, de faire totalement abstraction du sujet qui observe et relate. » Mais « l’honnêteté ne peut suffire à remplacer l’objectivité. Je peux être honnête et naïf ou manipulable ou ignorant ; honnête et partial, etc. Le devoir d’objectivité comme celui de vérité, demeure comme horizon, que cet horizon soit atteignable ou non. Simplement, l’objectivité n’est plus à attendre seulement de l’attitude morale du journaliste, mais des conditions concrètes d’élaboration de son information : A-t-il été sur le terrain ? A-t-il interrogé toutes les parties en lice dans un conflit ? En a-t-il manifestement privilégié l’une sur l’autre ? A-t-il su faire la part entre faits et opinions ? Etc. Une analyse qui peut très bien être du ressort d’un conseil de presse… On peut alors reparler de l’objectivité d’une information en l’abordant, non plus par l’attitude morale de son rédacteur, mais par le biais de sa procédure de fabrication. » 

Le « journalisme à la française », issu de la politique et de la littérature, s’est établi sur le socle de la subjectivité. Ce n’est toutefois pas pour cette raison que les journalistes préfèrent, depuis quelques décennies, parler d’honnêteté plutôt que d’objectivité. Mais bien parce qu’ils ont assimilé le fait qu’ils ne pouvaient traduire qu’imparfaitement la réalité qu’ils observent. Pouvoir approcher « honnêtement » (donc en ayant conscience de leurs actes) la vérité d’un fait est déjà beaucoup, et c’est ce que leur demande le public. Le rédacteur d’un article, par exemple, sait qu’il opère en permanence des choix : sélection des informations relatives à un événement ; choix d’un « angle » ; choix d’un titre, forcément incomplet ; choix des mots et des phases pour exprimer la réalité… Tout cela imprégné de ses propres personnalité et culture. S’il est lui-même observateur direct de l’événement, il sait qu’il n’en verra et retiendra qu’une partie, etc. Mais il peut ce faisant s’efforcer d’être rigoureux et « honnête » envers son public et les personnes dont il parle.

L’honnêteté du journaliste, vertu certes morale, ne peut donc être l’objectivité de la philosophie (« qualité de ce qui existe indépendamment de l’esprit », Petit Robert), ni celle de la science (« qualité de ce qui donne une représentation fidèle d’un objet », id.). Elle se rapproche de l’objectivité dans son acception courante (« qualité de ce qui est exempt de partialité, de préjugés », id.). C’est du moins ce qu’on peut et doit exiger de ce journaliste : essayer de gommer dans son esprit ce qui peut empêcher une relation des faits proche de la réalité, et apprendre à « penser contre soi-même »… Un exercice d’une rare difficulté.

Dans ce sens, « l’objectivité » du journaliste décrite par Jean-Luc Martin-Lagardette ressemble fort à ce que les journalistes ont coutume désormais d’appeler « l’honnêteté » : des règles de conduite pour éviter la partialité dans la relation des faits. Une question de vocabulaire, mais qui a son importance : l’objectivité véritable, comme il a été dit, ne peut être qu’un « horizon ». Yves AGNÈS




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