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Interview de Patrick Farbiaz (Europe Ecologie Les Verts)

« Nous sommes pour un conseil de presse avec la participation du public »

Patrick Farbiaz a toujours été proche des médias. Il a été inculpé en 1979 dans l’affaire de la « radio libre » Radio-Riposte, avec François Mitterrand et Laurent Fabius… En 1989, il est co-fondateur de l’association « Les Pieds dans le PAF ». Il est aujourd’hui membre du conseil d’orientation politique d’EELV et conseiller politique d’Eva Joly pour la campagne présidentielle de 2012.

Quel regard portez-vous sur l’information en France?

Je me suis toujours intéressé aux médias du point de vue du public. C’est une des clés, alors qu’on ne parle le plus souvent des médias que du point de vue des professionnels. Les médias sont une des dernières forteresses moyenâgeuses de la société française, un peu comme la médecine. Il n’y a pas de contre-pouvoir venant du public, parce que le public ne s’organise pas, par nature il est isolé face à l’émetteur.

Les grands médias, surtout la télévision, délivrent – au-delà de l’information elle-même – une vision de la société, un message qui est en dehors de ce que vivent les gens. Cela devrait interroger l’ensemble de la société française. On s’intéresse à la violence, aux enfants, aux temps de parole, mais cela ne structure pas le débat. La forteresse résiste à la démocratie, à ce que les citoyens, et les pouvoirs publics qui les représentent, exercent une régulation. Il y a une sorte de fusion entre les patrons de presse et la défense jusqu’auboutiste de leur liberté par les journalistes.

Aujourd’hui, une fracture sociale et générationnelle s’opère avec Internet. C’est un souci dans la production de l’information, notamment avec la diffusion des rumeurs.

 

La qualité de l’information n’est-elle pas en baisse ?

Il y a à cet égard deux vrais soucis qui tiennent aux transformations dans la production médiatique : la vitesse et la recherche effrénée de prétendus scoops. S’ils questionnent Eva Joly, les journalistes ne recherchent qu’une réponse à une autre déclaration, la petite info ou la petite phrase. Cette quête va jusqu’à utiliser des moyens détournés, sans vérification par exemple de la qualité de l’interlocuteur, comme on l’a vu récemment avec un cas d’homonymie !… On n’est plus dans la qualité, on est dans le n’importe quoi, la non-vérification, la surenchère permanente, le buzz… Et toujours plus de pseudo-information tue l’information… L’information en continu amplifié ce problème, et je suis impressionné par la médiocrité globale de la production d’information.

Il n’y a pas que la vitesse et la recherche du scoop : on constate chez nombre de journalistes, pourtant passés par des écoles professionnelles, une sous-culture : pas de rapport à l’histoire, à la philosophie, à la culture en général… Ce qui n’empêche pas qu’il sont très bons techniquement.

 

Comment remédier à cette baisse de qualité que vous observez ?

Il faut des contre-pouvoirs, des garde-fous, pour que soient respectés les droits des citoyens qui ne le sont pas suffisamment. Par exemple le « droit à l’oubli » quand on écrit des choses fausses sur quelqu’un, ou le droit à l’image pour lequel les règles ne sont pas appliquées à l’égard de la masse des gens.

Faut-il légiférer ? La question de la qualité de l’information est liée au problème de la propriété des médias. Je suis pour interdire à ceux qui dépendent des commandes publiques de posséder des médias audiovisuels ; c’est une urgence, l’Etat doit intervenir. Cela règle le problème des gros conflits d’intérêts, c’est une question d’intérêt général. Pour la presse écrite, on peut intervenir sur la concentration des titres et sur la question du pouvoir de la rédaction par rapport à l’actionnaire, par la reconnaissance juridique des équipes rédactionnelles.

 

Faut-il une instance de déontologie de l’information, de type conseil de presse ?

Nous sommes totalement pour. En mesurant que l’autorégulation ne suffit pas, qu’il faut des dispositifs plus contraignants. Mas un conseil de presse corporatiste, sans la participation du public, n’a pas de sens.

Une telle instance pourrait être un élément important dans le cadre d’une loi sur le rôle du public dans les médias. Comment le représenter ? Je ne crois pas au tirage au sort pour désigner des représentants. Personnellement, je reviens à une vieille idée de Georges Mandel, ministre des PTT avant 1936, qui avait institué des élections des représentants du public au sein des représentants des conseils d’administration des radios. Avec constitution de listes et débats électoraux.  C’est une expérience importante et on pourrait la reprendre, d’abord pour les chaînes de l’audiovisuel public. La meilleure des choses, dans un secteur aussi fermé que les médias, c’est la démocratie représentative. C’est grâce au public que l’on pourra améliorer la qualité de l’information.

Internet modifie la donne et on pourrait instaurer dans les émissions d’information et la presse écrite des groupes de « surveillance ». Libération a une rubrique « Intox/Désintox »… Cela pourrait choquer les journalistes, mais qu’est-ce qu’on veut ? Avoir bonne conscience ou avoir un véritable rapport critique avec le public ?

On peut aussi s’inspirer de la loi du 29 juillet 1982, qui avait créé le Conseil National de la Communication Audiovisuelle et les CRCA (supprimés depuis), en élargissant à tous les médias. Il y avait une représentation de la société française dans ces conseils. Tout ce qui permet de développer la démocratie participative, nous y sommes favorables.

propos recueillis par Yves Agnès et Manola Gardez, 22 mars 2012

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