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La nouvelle instance de régulation britannique critiquée par la Chambre des Lords

La Grande Bretagne poursuit son débat public sur la régulation des médias. Dernier élément versé au dossier : un rapport de la Chambre des Lords sur les suites du rapport Leveson de 2012 et de la Charte Royale de 2013 proposant un système d’agrément d’instances de régulation. Ce dispositif a été rejeté par la presse. Les éditeurs ont cependant sabordé la Press Complaint Commission qui avait montré ses faiblesses dans l’affaire News of The World et mis en place l’Independent Press Standards Organisation (IPSO). Le tour d’horizon de la chambre haute du parlement britannique montre que tout n’est pas réglé loin de là.

Au sommet du système mis en place les éditeurs, la Regulatory Funding Company - Société de financement de la régulation – dirigée par un conseil de 9 membres, tous représentants de l’industrie de la presse écrite. Cette RFC collecte les cotisations des 69 entreprises de presse adhérentes au système, soit la quasi totalité de la presse écrite. Son budget est de 2 500 000 £, dont 2 400 000 £ sont reversés à l’IPSO pour son fonctionnement. Contrairement à de nombreux conseils de presse, IPSO n’a pas son mot à dire que les règles éthiques. Le code auquel il se réfère a été rédigé au sein de cette Regulatory Funding Company par un groupe 12 personnes composé exclusivement de rédacteurs en chef – et présidé par celui du Daily Mail qui avait affirmé à Lord Leveson qu’il n’y avait aucune preuve de piratage dans l’affaire News of thé World ! Ce texte reprend largement le code de feue la Press Complaint Commission. Mieux, ce code est la propriété de cette RFC, qui garde la haute main sur son évolution. Le président d’IPSO lui même a reconnu que ne pas avoir le contrôle complet sur le code éthique affaiblissait son instance. Ce n’est sans doute près de changer.

L’équipe administrative de ce nouvel organisme vient essentiellement de l’ancienne Press Complaint Commission  voir ici comment fonctionne l’IPSO. Elle a examiné 3906 dossiers en 6 mois, en a retenu moins de 30 %, 39 sont venus en commission et 8 blâmes ont été prononcés. L’IPSO a la possibilité d’infliger des amendes, mais son président reconnaît qu’il y a » très peu de chance que la commission en décidé compte tenu de la complexité de la procédure » mise en place par les éditeurs !

Une autre instance a été créée en 2013. L’Independent Monitor of the Press (Impress), association financée par des trusts, des fondations et des particuliers, veut s’inscrire dans la logique de la Charte Royale et demandera un agrément officiel. Pour l’instant, aucun média ne l’a rejointe, mais elle multiplie les contacts avec la presse régionale et locale et la presse spécialisée.

Les mauvaises habitudes persistent

Enfin, trois titres nationaux n’ont pas adhéré à IPSO. The Guardian préfère pour l’instante développer une commission interne d’examens des plaintes indépendantes de sa rédaction. The Financial Times ne veut pas en entendre parler, car « il n’y a pas de standard [valable] pour l’ensemble de la presse ». The Independent n’a pas précisé ses raisons.

Cette offre multiple de régulation est  jugée déroutante pour le public. Pour beaucoup l’IPSO ressemble trop à la PCC pour ne finir comme elle. D’autant que les mauvaises habitudes persistent. Le journaliste politique Peter Oborne a ainsi démissionné en février du grand quotidien conservateur The Telegraph en arguant que le journal avait cédé à des pressions commerciales lors de la couverture du scandale HSBC. L‘Independent Press Standards Organisation a promis que serait instituée dans le code une «règle significative sur l’indépendance éditoriale » par rapport au secteur commercial.

« L’issue de cette affaire (…) sera particulièrement importante dans l’évaluation de l’efficacité de l’IPSO comme un régulateur » a commenté Lord Best, le président de la commission d’enquête. Déplorant que le système mis en place par les éditeurs « ne remplisse aucune des principales exigences décrivant dans la Charte Royale un régulateur entièrement indépendant« , il pose la question : « quand le gouvernement évaluera t il ce qui a été mis en place depuis la Charte Royale  ? que doit il arriver d’autre pour qu’il prenne de nouvelles mesures ? » PG




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