Une étude belge sur la représentation de la diversité dans la presse

La presse doit être le reflet de la société dans son ensemble mais aussi de toutes ses composantes, nul n’en disconvient. Mais périodiquement des événements reposent  la question de la place que les médias font aux femmes, aux jeunes, aux minorités,  aux handicapés. L’Association des journalistes professionnels de la communauté francophone de Belgique (AJP) tente depuis cinq ans de mieux cerner la représentation de la diversité de la société. Elle a publié en mai sa deuxième étude sur la diversité et l’égalité dans la presse quotidienne.

Plus de 2100 articles des 6 principaux quotidiens de Belgique francophone ont été analysés pour cette étude. 9500 intervenants ou cités par ces journaux ont été identifiés. Les résultats de ce crible portent sur la représentation homme-femme, la diversité des origines, des catégories sociaux professionnels , l’âge et le handicap.

Les femmes constituent, comme dans l’étude de 2011, moins de 20 % des intervenants dans la presse. Elles sont beaucoup moins souvent que les hommes désignées par un prénom, un nom, une profession, beaucoup plus souvent par leur seul prénom, peu présentes dans les papiers d’analyses et d’expertises mais sur-représentées dans tout ce qui touche la sphère familiale. Les auteurs se sont également risqués, ce qui serait plus difficile en France où tout ce qui ressemble à une statistique ethnique fait débat, à cataloguer les intervenants selon leur origine, à partir de leur image ou de leur nom. C’est le seul critère où des progrès sont enregistrés depuis l’étude 2011: la part de « non blancs » a presque doublé en 4 ans, passant à 33,30 % des personnes apparaissant dans les journaux dépouillés. Encore faut il souligner leur très forte présence dans les pages sportives , politique, faits divers et justice.

Autre constat : les acteurs et témoins de l’actualité cités par les journaux sont des d’abord des sportifs et des cadres intellectuels : ouvriers, employés et inactifs ne représentent ensemble que 5 % des personnes citées. Des déséquilibres importants sont constatés également selon les tranches d’âges : place aux actifs, la place accordée aux jeunes et aux retraités est maigre. Sur cette place des moins de 25 ans, l’AJP a également publié en juin dernier une étude très complète sur l’image et le représentation des jeunes dans la presse belge francophone. Concernant les handicapés, ils sont les grands absents de la masse des intervenants analysée.

Ce décryptage de l’image de la société belge donnée par la presse écrite quotidienne renvoie aussi à la réalité de cette société. Il interroge finalement autant les journalistes sur leur travail que les citoyens sur le rôle laissé aux femmes, aux personnes d’origine étrangères, aux jeunes etc. dans la vie quotidienne. On se reportera à l’étude complète très détaillée – ici -  pour mesurer tout ce qu’elle apporte sur les politiques éditoriales,  et bien souvent sur la déontologie – qui invite à ne pas discriminer en fonction de l’origine, de la religion, du genre , à refuser les préjugés et les stéréotypes – des médias concernés. Et ces remarques faites sur le contenu de la presse écrite de Belgique francophone devraient donner à réfléchir ailleurs et dans d’autres médias. PG.

Une banque de données anglophone sur l’éthique du journalisme

L’association de langue anglaise Ethical Journalism Network animée par Aidan White, ancien secrétaire général de la Fédération Internationale des Journalistes,  vient de créer un site regroupant des informations sur l’éthique et la déontologie. Accountable Journalism -  en français « Journalisme responsable »- est une banque de données sur la déontologie du journalisme.

A  côté d’une bibliographie anglophone assez complète et de liens vers des organismes concernés par l’éthique des médias, ce site propose des traductions anglaises de chartes et codes de déontologie du monde entier. Ces documents sont accessibles via un moteur de recherche intégré, qui permet des analyses par genres de documents, pays, règles éthiques, et médias. Une recherche croisée est possible. La richesse de ce corpus est indéniable. Il permet de découvrir des textes et de les comparer, de retrouver des ouvrages ou des institutions. Mais il doit  être cependant utilisé avec prudence : nombre des données qu’ils contient sont anciennes, incomplètes – ainsi le CDJ belge est ignoré  -  voire dépassées (par exemple celles sur les conseils de presse provinciaux du Canada anglophone, qui ont cessé toute activité). Cela tient sans doute à l’origine d’une partie de ces données. On y retrouve le fond documentaire du partenaire d’E.J.N. pour ce site, le Reynold Journalism Institute,  lié à l’Université du Missouri et à son école de journalisme, qui avait fait ce travail de recension il y a plusieurs années. Si sa base de données a été informatisée elle ne semble pas avoir été mise à jour.

Reste que l’accès à des textes posant les principes universels du journalisme, pays par pays, média par média,  peut, comme l’écrivent les promoteurs de ce site « servir d’inspiration non seulement aux journalistes, mais aussi à tous ceux qui commettent des actes de journalisme tels que les blogueurs ou utilisateurs de médias sociaux«   pour s’assurer qu’ils mettent en pratique les règles éthique du journalisme et trouver des pistes de réponses aux questions déontologiques qu’ils se posent. A la condition de maîtriser l’anglais.P.G.

Non, un Conseil de presse n’est pas un gendarme

L’opportunité déontologique de la publication par la presse des photos du petit Aylan au mois de septembre a provoqué des débats un peu partout. Là où existe un conseil de presse, ces instances réunissant public et professionnels ont apporté leur avis. Ainsi le Conseil de déontologie journalistique de Belgique francophone a conclu le 21 octobre que la publication de cette photo était d’intérêt général.

André Linard, secrétaire général de ce CDJ depuis sa création en 2009 , revient ici sur l’apport d’une telle institution à l’ensemble des médias.

A ceux qui, en France, s’inquiètent de la création éventuelle d’un Conseil de presse ou de déontologie des journalistes, je dirais d’abord : « levez les yeux de l’Hexagone et regardez au-delà des frontières ». Outre Quiévrain par exemple et dans plusieurs dizaines de pays européens. Les instances d’autorégulation y sont généralement considérées comme d’excellentes formules, alternatives d’une part à la déresponsabilisation des rédactions et d’autre part au contrôle politique.

andre linard  En Belgique francophone, le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) existe depuis fin  2009. Six ans d’expérience permettent de tirer les premières leçons. Parfois craint au début dans les rédactions comme un « gendarme », le CDJ est aujourd’hui largement perçu comme une aide, comme un appui à l’amélioration de la pratique journalistique quotidienne. Certes, une des fonctions du Conseil consiste à traiter des plaintes, avec ce que cela implique de conflictuel et de remise en question désagréable. Mais des plaintes contre des médias, il y en a toujours eu et il est préférable qu’elles soient traitées par des pairs plutôt que par des juges du Judiciaire qui pourraient malmener, volontairement ou non, la liberté de la presse. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, le constat par le CDJ d’une faute déontologique n’est pas toujours mal reçu. Il permet parfois de ne plus commettre les mêmes erreurs. Car si nombre de fautes sont commises sous contrainte, d’autres résultent de l’inattention ou de la méconnaissance de la déontologie.

Élaborer un cadre de référence utile

Outre les plaintes, le Conseil est aussi un lieu de conseil. Chaque semaine, deux à trois questions me sont posées par des journalistes ou des rédacteurs en chef confrontés à des difficultés concrètes et qui souhaitent une aide. Régulièrement aussi, je visite des rédactions afin d’échanger avec les journalistes au sujet de leurs pratiques, des problèmes récurrents, des pressions qu’ils subissent… Le CDJ contribue par là à la formation permanente et fournit des outils pour mieux résister aux pressions.

Plus globalement, lorsque la profession est confrontée à des défis communs, le CDJ cherche à élaborer un cadre de référence utile. Après les événements de Paris début janvier, il s’est attelé à proposer des points de repère aux rédactions qui doivent organiser en urgence la couverture en direct de tels événements. Précédemment, il a publié avec l’Association des journalistes professionnels un Guide de bonnes pratiques pour les relations avec les sources d’information. A la demande des journalistes eux-mêmes, il a rappelé les conditions garantissant la distinction entre journalisme et publicité ou encore les règles en matière d’identification des personnes. Il a actualisé les normes de base en adoptant un Code de déontologie complet. Certains de ces textes sont normatifs, d’autres sont des balises et dans les deux cas, les journalistes sont demandeurs – voir par exemple ici.

Une protection contre les menaces extérieures

Ces résultats ne sont pas le fruit du hasard mais d’une construction bien pensée. Le CDJ est une initiative privée du monde des médias reconnue et financée à 50% par les autorités publiques, le solde venant des éditeurs. L’articulation privé – public est idéale pour garantir à la fois l’indépendance, la légitimité et la pérennité. Le Conseil est composé à 70% de professionnels du journalisme, ce qui constitue une condition de pertinence, et à 30% de personnes issues de la société civile, ce qui lui évite le corporatisme. Parmi les professionnels, journalistes et éditeurs se trouvent à égalité et tous y jouent le jeu sans jamais s’opposer en tant que groupe. Quant à notre CSA, il a compris d’emblée que les enjeux déontologiques ne sont pas de sa compétence et il nous transmet les plaintes qui les concernent.

Le respect de la déontologie journalistique n’est pas une atteinte à la liberté de la presse mais une protection contre les éventuelles menaces extérieures de restriction de cette liberté. L’existence d’un Conseil de presse ou de déontologie n’est pas une contrainte pour les rédactions mais un référent et une assurance de voir les problèmes traités par les pairs et non par une autorité extérieure. C’est l’autorégulation organisée qui garantit le mieux le droit du public à une information de qualité. J’attends avec impatience de serrer la main de mon /ma futur(e) collègue français(e). André Linard.

 

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