Une banque de données anglophone sur l’éthique du journalisme

L’association de langue anglaise Ethical Journalism Network animée par Aidan White, ancien secrétaire général de la Fédération Internationale des Journalistes,  vient de créer un site regroupant des informations sur l’éthique et la déontologie. Accountable Journalism -  en français « Journalisme responsable »- est une banque de données sur la déontologie du journalisme.

A  côté d’une bibliographie anglophone assez complète et de liens vers des organismes concernés par l’éthique des médias, ce site propose des traductions anglaises de chartes et codes de déontologie du monde entier. Ces documents sont accessibles via un moteur de recherche intégré, qui permet des analyses par genres de documents, pays, règles éthiques, et médias. Une recherche croisée est possible. La richesse de ce corpus est indéniable. Il permet de découvrir des textes et de les comparer, de retrouver des ouvrages ou des institutions. Mais il doit  être cependant utilisé avec prudence : nombre des données qu’ils contient sont anciennes, incomplètes – ainsi le CDJ belge est ignoré  -  voire dépassées (par exemple celles sur les conseils de presse provinciaux du Canada anglophone, qui ont cessé toute activité). Cela tient sans doute à l’origine d’une partie de ces données. On y retrouve le fond documentaire du partenaire d’E.J.N. pour ce site, le Reynold Journalism Institute,  lié à l’Université du Missouri et à son école de journalisme, qui avait fait ce travail de recension il y a plusieurs années. Si sa base de données a été informatisée elle ne semble pas avoir été mise à jour.

Reste que l’accès à des textes posant les principes universels du journalisme, pays par pays, média par média,  peut, comme l’écrivent les promoteurs de ce site « servir d’inspiration non seulement aux journalistes, mais aussi à tous ceux qui commettent des actes de journalisme tels que les blogueurs ou utilisateurs de médias sociaux«   pour s’assurer qu’ils mettent en pratique les règles éthique du journalisme et trouver des pistes de réponses aux questions déontologiques qu’ils se posent. A la condition de maîtriser l’anglais.P.G.

Non, un Conseil de presse n’est pas un gendarme

L’opportunité déontologique de la publication par la presse des photos du petit Aylan au mois de septembre a provoqué des débats un peu partout. Là où existe un conseil de presse, ces instances réunissant public et professionnels ont apporté leur avis. Ainsi le Conseil de déontologie journalistique de Belgique francophone a conclu le 21 octobre que la publication de cette photo était d’intérêt général.

André Linard, secrétaire général de ce CDJ depuis sa création en 2009 , revient ici sur l’apport d’une telle institution à l’ensemble des médias.

A ceux qui, en France, s’inquiètent de la création éventuelle d’un Conseil de presse ou de déontologie des journalistes, je dirais d’abord : « levez les yeux de l’Hexagone et regardez au-delà des frontières ». Outre Quiévrain par exemple et dans plusieurs dizaines de pays européens. Les instances d’autorégulation y sont généralement considérées comme d’excellentes formules, alternatives d’une part à la déresponsabilisation des rédactions et d’autre part au contrôle politique.

andre linard  En Belgique francophone, le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) existe depuis fin  2009. Six ans d’expérience permettent de tirer les premières leçons. Parfois craint au début dans les rédactions comme un « gendarme », le CDJ est aujourd’hui largement perçu comme une aide, comme un appui à l’amélioration de la pratique journalistique quotidienne. Certes, une des fonctions du Conseil consiste à traiter des plaintes, avec ce que cela implique de conflictuel et de remise en question désagréable. Mais des plaintes contre des médias, il y en a toujours eu et il est préférable qu’elles soient traitées par des pairs plutôt que par des juges du Judiciaire qui pourraient malmener, volontairement ou non, la liberté de la presse. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, le constat par le CDJ d’une faute déontologique n’est pas toujours mal reçu. Il permet parfois de ne plus commettre les mêmes erreurs. Car si nombre de fautes sont commises sous contrainte, d’autres résultent de l’inattention ou de la méconnaissance de la déontologie.

Élaborer un cadre de référence utile

Outre les plaintes, le Conseil est aussi un lieu de conseil. Chaque semaine, deux à trois questions me sont posées par des journalistes ou des rédacteurs en chef confrontés à des difficultés concrètes et qui souhaitent une aide. Régulièrement aussi, je visite des rédactions afin d’échanger avec les journalistes au sujet de leurs pratiques, des problèmes récurrents, des pressions qu’ils subissent… Le CDJ contribue par là à la formation permanente et fournit des outils pour mieux résister aux pressions.

Plus globalement, lorsque la profession est confrontée à des défis communs, le CDJ cherche à élaborer un cadre de référence utile. Après les événements de Paris début janvier, il s’est attelé à proposer des points de repère aux rédactions qui doivent organiser en urgence la couverture en direct de tels événements. Précédemment, il a publié avec l’Association des journalistes professionnels un Guide de bonnes pratiques pour les relations avec les sources d’information. A la demande des journalistes eux-mêmes, il a rappelé les conditions garantissant la distinction entre journalisme et publicité ou encore les règles en matière d’identification des personnes. Il a actualisé les normes de base en adoptant un Code de déontologie complet. Certains de ces textes sont normatifs, d’autres sont des balises et dans les deux cas, les journalistes sont demandeurs – voir par exemple ici.

Une protection contre les menaces extérieures

Ces résultats ne sont pas le fruit du hasard mais d’une construction bien pensée. Le CDJ est une initiative privée du monde des médias reconnue et financée à 50% par les autorités publiques, le solde venant des éditeurs. L’articulation privé – public est idéale pour garantir à la fois l’indépendance, la légitimité et la pérennité. Le Conseil est composé à 70% de professionnels du journalisme, ce qui constitue une condition de pertinence, et à 30% de personnes issues de la société civile, ce qui lui évite le corporatisme. Parmi les professionnels, journalistes et éditeurs se trouvent à égalité et tous y jouent le jeu sans jamais s’opposer en tant que groupe. Quant à notre CSA, il a compris d’emblée que les enjeux déontologiques ne sont pas de sa compétence et il nous transmet les plaintes qui les concernent.

Le respect de la déontologie journalistique n’est pas une atteinte à la liberté de la presse mais une protection contre les éventuelles menaces extérieures de restriction de cette liberté. L’existence d’un Conseil de presse ou de déontologie n’est pas une contrainte pour les rédactions mais un référent et une assurance de voir les problèmes traités par les pairs et non par une autorité extérieure. C’est l’autorégulation organisée qui garantit le mieux le droit du public à une information de qualité. J’attends avec impatience de serrer la main de mon /ma futur(e) collègue français(e). André Linard.

 

L’arrestation d’un photographe finlandais validée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme

Les faits remontent à 2006. Au cours d’une manifestation de rue à Helsinki contre une réunion Asie-Europe, Markus Pentikäinen, un photographe du magazine Suomen Kuvalehti est arrêté alors qu’il couvrait les violences survenues après la dispersion du cortège. Il passera 17h30 en cellule. Poursuivi pour ne pas avoir quitté les lieux des incidents malgré les injonctions, le photographe a été condamné par la justice finlandaise pour désobéissance à la police, mais dispensé de peine.

Markus Pentikäinen a contesté cette décision au nom de la liberté d’expression devant les juridictions finlandaises, puis devant le Cour Européenne des Droits de l’Homme. Celle ci a statué deux fois , devant la chambre compétente puis en Grande Chambre, qui fait office de seconde juridiction d’appel. Dans les deux arrêts, les juges européens ont estimé que l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui garantit la liberté d’expression, n’avait pas été violé par la Finlande.

La Grande Chambre a rendu sa décision – elle est ici – le 20 octobre. Elle donne raison à l’état  finlandais qui plaidait que le requérant n’avait pas été empêché de faire sont travail. Dans ses attendus, elle reproche au photographe d’être resté « à l’intérieur de la zone bouclée par la police avec le noyau dur des manifestants » et ne s’être pas clairement distingué ce ceux ci. Elle estime qu’il n’a pas  « fait connaître sa qualité de journaliste de manière suffisamment claire auparavant, pendant le déroulement des événements ».  Si Markus Pentikäinen ne portait effectivement pas de brassard de presse sur le terrain,  il affirme avoir décliné sa fonction, et il n’est pas contesté qu’il a été identifié comme journaliste du Suomen Kuvalehti dès son placement en garde à vue. La Cour n’a pas retenu ces faits comme constitutif par les autorités finlandaises d’une atteinte à la liberté d’expression: elles n’ont pas , écrit elle  » empêché les médias de couvrir la manifestation ou entravé leur travail » et  « le requérant n’a pas été empêché de faire son travail de journaliste pendant ou après la manifestation« .

Mais quatre des dix-sept juges de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, dont son président, ont publié un avis dissident. Ils y soulignent que sur place le photographe « n’était qu’un simple tiers impartial qui observait, en qualité de journaliste et dans l’intérêt du grand public, le déroulement d’un événement sociétal très important en Finlande » et que cela pouvait « prévaloir sur son devoir d’obtempérer aux ordres donnés aux manifestants par la police ».  Notant qu’il a été arrêté lors de l’assaut contre le dernier carré de manifestants, ces quatre juges écrivent que « c’était à ce moment précis qu’il était essentiel pour les journalistes, au regard de l’article 10 de la Convention, de pouvoir observer les choix opérationnels effectués par la police s’agissant de l’interpellation et de la dispersion des derniers manifestants pour garantir la transparence de l’action de la police et l’obliger à rendre des comptes, le cas échéant« . Ces quatre juges dissidents notent enfin que le  maintien du photographe en détention pendant 17h30 l’a empêché de faire son travail d’informateur et de communiquer ses photos à son journal.

La Fédération Européenne des Journalistes s’est émue de cette condamnation. Son secrétaire général, Ricardo Gutiérrez craint que cette décision ne donne aux  gouvernements européens une « latitude considérable pour imposer des mesures intrusives sur l’activité journalistique dans les lieux publics où la force est utilisée par des fonctionnaires de police« . Dirk Voorhoof professeur de droit belge auteur de travaux sur la liberté de la presse et la démocratie s’inquiète de l’impact de cette décision, qui peut avoir un « effet dissuasif important sur l’activité journalistique dans des situations similaires ». Ce que Markus Pentikäinen lui-même exprime ainsi « Si un journaliste doit toujours avoir peur de se faire arrêter et de devoir répondre d’accusations criminelles dans de long processus judiciaires , cela aura un grand impact sur les décisions que nous avons à prendre sur le terrain, comme : « rester ou ne pas rester ? ». PG.

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