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Débats au Canada sur la création d’une instance nationale de déontologie

En apparence, c’est Byzance. Le Canada possède cinq conseils de presse (CdP) régionaux[1].  Mais la profusion n’est qu’un leurre.

En 2011, ils étaient encore six. Après vingt-sept ans d’existence, le CdP provincial du Manitoba a cessé ses activités faute de participants et de moyens : les cinquante publications qui le finançaient ont retiré leurs subventions. C’était un modèle du genre, créé pour bloquer une tentative de régulation gouvernementale, avec une représentation paritaire de représentants de la presse et de la société civile, sous la présidence d’une personnalité indépendante[2].  Mais il était entré en hibernation prolongée, deux plaintes seulement en 2011, invisible, inexistant. Un véritable suicide !

Le CdP de l’Ontario vit encore, mais après avoir subi le retrait du groupe Sun Media[3] en juillet 2011, en raison d’un fonctionnement jugé trop « politiquement correct ». Le conseil a toutefois reçu plus de 100 plaintes en 2012 ; la majorité concernait des erreurs factuelles, des critiques déloyales, un manque d’équilibre dans les reportages ; la plupart des plaintes se sont soldées par une médiation et la négociation d’un rectificatif ou d’excuses[lire ici].

Sur le blog du CdP des provinces de l’Atlantique, le menu est appétissant : un code, une procédure de dépôt de plainte, des personnalités respectables, mais rien à déguster [ici], pas de rapport annuel, pas de comptes rendus. Il y a quelques années déjà, on avait constaté sa mort clinique. En Alberta, à peine mieux, aucune donnée statistique sur les plaintes traitées. Début 2012, le Edmonton Journal a quitté cette institution « édentée »[ici]. Enfin, la Colombie Britannique : une seule plainte traitée en 2012…

A l’inverse, le Conseil de presse du Québec (fondé en 1973) fonctionne. Organisme tripartite formé de représentants des journalistes, des entreprises de presse et du public (une voix de plus), il est financé essentiellement par les médias et par le gouvernement[4]. Critiqué pour certaines décisions « arbitraires », en proie à une crise en 2008-2009 avec le retrait de diffuseurs privés[5] et la démission du président Raymond Corriveau, le CdP du Québec a le mérite d’être actif et très présent dans la vie médiatique de la Belle Province. Sur son site, près de deux mille décisions prises depuis sa création. Les conseils anglophones refusent par principe le financement gouvernemental où ils voient une menace d’intervention du politique ; cependant il n’y a aucune trace d’ingérence à ce jour au Québec[6]. Le financement public ajoute une certaine stabilité à l’institution. Une fois n’est pas coutume, la francophonie est en pointe sur la déontologie des journalistes.

Quel avenir ? Chercheurs et professionnels, réunis en novembre 2012 par le « Centre d’études sur les medias » de Montréal, constatent que ce système des conseils provinciaux, quasiment inconnu du public (Québec mis à part) et trop lent, a vécu. On propose un conseil de presse national couvrant l’ensemble des médias et la totalité du pays, surtout pour répondre à des changements fulgurants et aux nouveaux problèmes, recevoir les plaintes du public relatives à Internet et établir des règles déontologiques pour le journalisme en ligne[7]. A supposer qu’il reste uniquement financé par les médias eux-mêmes, sa surface nationale lui donnerait les moyens nécessaires[ici].

Didier EPELBAUM

 


[1] Ontario, Québec, Canada atlantique, Alberta et Colombie Britannique.

[2] John Cochrane, ancien patron d’une radio et d’un journal, le Winnipeg Sun, qui couvrait 80% des frais de fonctionnement du Conseil.

[3] Propriétaire de plusieurs quotidiens « tabloïds », filiale du groupe Québecor.

[4] Le conseil est financé par les entreprises de presse membres (60 %), par les fonds de placements lui appartenant (16 %), par la Fédération professionnelle des journalistes (2,5 %) et par le gouvernement du Québec via le ministère de la culture et des communications (22,5 % non récurrent).

[5] Dont TVA, TQS, Astral et Corus.

[6] Lisa Taylor, enseignante à l’Ecole de journalisme de l’université Ryerson (Toronto).

[7] Ivor Shapiro, directeur de l’école de journalisme de l’université Ryerson.

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