Interview de Pascale Le Néouannic (Front de Gauche)

« Un Conseil National des Médias devra remplacer le CSA et définir les règles déontologiques pour tous »

Pascale Le Néouannic, conseillère régionale d’Ile-de-France depuis 2004, a quitté le PS en 2008 pour participer à la fondation du Parti de Gauche, dont elle est secrétaire nationale en charge des libertés et de la laïcité. Elle est conseillère municipale d’opposition à Antony (Hauts-de-Seine).

Comment analysez-vous la situation des médias et de l’information en France ?

La place des médias dans la société, les relations entre eux et les citoyens nous intéressent. Nous faisons un constat désastreux sur l’état de la profession de journaliste, qui se précarise. Du coup, les journalistes n’ont pas la possibilité de dire « non » à un employeur. L’exigence de qualité de l’information passe par une exigence sociale.

Une vraie fracture – et une rare violence – est apparue lors de la campagne référendaire de 2005 sur le traité constitutionnel européen. Ceux qui préconisaient le « non » ont eu le sentiment d’être méprisés, infantilisés, insultés. Cet épisode a été déterminant dans notre relation aux médias.

 

Comment le « politique » doit-il intervenir ?

Nous ne croyons pas à une presse de qualité si elle dépend du pouvoir politique en place (y compris pour nous si nous le détenions). Mais nous ne croyons pas non plus aux vertus du capitalisme. Il faut donc légiférer, mais en définissant un cadre sans intervenir après. La démocratie, c’est l’arbitrage es contradictions. Pas un consensus entre experts. En la matière, les médias doivent être en capacité d’être cet élément essentiel de l’exercice de la citoyenneté. A titre d’exemple, les aides à la presse écrite sont des contributions de l’ordre de l’intérêt général.

Pour garantir juridiquement aux médias et aux journalistes une indépendance, il faut empêcher qu’on puisse à la fois détenir un média et dépendre de commandes publiques ; il faut que les patrons de chaînes publiques ne soient plus nommés par le pouvoir politique mais élus par les salariés de leurs entreprises ; interdire d’embaucher des journalistes au-dessous du SMIC ou d’externaliser l’embauche, d’employer des journalistes avec le statut d’auto-entrepreneur ; obliger à titulariser les précaires… Mettre tout à plat, y compris la convention collective nationale. Le statut social des journalistes, la représentation des citoyens dans les médias sont des notions centrales, mais peu présentes dans les médias.

 

Tout cela a un coût…

En démocratie, la liberté a un prix. Pour que la presse soit autonome, il faut assurer les conditions de cette autonomie. On assume ce choix.

 

Faut-il réformer le CSA ?

Le CSA a montré son inefficacité. Il faut le supprimer et le remplacer par un « Conseil National des Médias », à structure tripartite : journalistes et autres métiers concourant à la fabrication de l’information ; parlementaires et élus locaux de toutes tendances, à la proportionnelle ; citoyens représentés par exemple par des associations d’utilisateurs de médias, qu’il faudrait aider à se structurer. Il fut créer les conditions d’une représentation citoyenne.

 

Un conseil élargi, donc, à tous les médias ?

Oui, et aux compétences élargies aussi. Parce qu’il faut prendre la mesure du poids politique des grands médias qui « formatent » l’opinion. Je ne crois pas à l’information neutre. Je préfère le « non » et le « oui ». Parce que, sous couvert de neutralité, on donne en fait un avis. Dans les médias, la « reproduction sociale » est forte, et les écoles de journalisme formatent à leur tour les professionnels. On ne devrait pas, en matière d’information, donner des réponses clés en mains.

C’est pourquoi il faut aussi donner des droits nouveaux à des médias non reconnus : médias associatifs, sites Internet, où l’on trouve beaucoup d’informations qu’on ne trouve pas ailleurs, mais qui sont sous-aidés, sous-professionnalisés. Il faut aussi développer les sociétés coopératives ouvrières de production, les scop(s), un statut d’entreprise qui a fait ses preuves.

 

Etes-vous favorable à une instance nationale de déontologie de l’information, du type conseil de presse ?

C’est le Conseil National des Médias qui devra définir les règles en la matière. La presse doit pouvoir critiquer, à condition qu’elle accepte d’être interrogée, critiquée elle-même. La critique n’est pas forcément négative. Et la déontologie n’est pas l’affaire des seuls journalistes, mais aussi des citoyens. Il faut un code de déontologie national, mais il ne devrait pas être rédigé par des professionnels en activité. Nous sommes contre les « ordres ». La citoyenneté, cela ne se découpe pas. Les élus, par exemple, doivent avoir leur mot à dire. Ils savent eux aussi se décentrer, avoir un regard autre ; c’est une question aussi ancienne que la démocratie. Quant au suivi déontologique de l’information, après la définition des règles, il pourrait être réservé aux citoyens et aux professionnels. Ce n’est pas parce qu’on est journaliste qu’on ne se trompe pas… C’est certes compliqué à arbitrer, car cela renvoie à la responsabilité de chacun, mais il y a des limites qu’il faut fixer, comme le respect de la vie privée, le droit à l’oubli… Toutefois le Front de Gauche est mal à l’aise vis-à-vis de la notion d’ « honnêteté de l’information », référence pour le CSA à travers la loi de 1986, qui est pour nous un principe moral et ne peut être transposé juridiquement.

Préconisez-vous d’autres mesures ?

Oui, notamment d’inculquer aux jeunes un esprit critique, les éduquer aux médias dans leur parcours scolaire. Et donner un statut légal aux équipes rédactionnelles dans les médias.

propos recueillis par Yves Agnès, Camille Dupuy et Pierre Ganz, le 4 avril 2012

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