Le conseil de presse : une idée en marche

La première réunion de travail sur les deux chantiers de l’APCP (fonctionnement de la future instance, cas concrets à étudier) s’est tenue le mardi 20 mars à l’EMI-CFD à Paris.

L‘idée d’un Conseil de Presse en France fait son chemin. Lors des Assises internationales du Journalisme qui se sont tenues à Lille et Arras du 7 au 9 mars dernier, Yves Agnès, président de l’APCP, et divers membres de l’association ont pu exposer leurs arguments en faveur de la création d’une telle instance de médiation et de régulation. Des journalistes, qui y étaient plutôt opposés au départ, ont finalement reconnu l’intérêt de cette démarche. Le fait qu’un Conseil de presse ne prévoit pas d’être un “ordre” corporatiste, comme cela existe pour les médecins ou les avocats, les rassure.

Une nouvelle charte commune

Plus de 400 personnes ont assisté à ces premières Assises. A l’initiative de Jérôme Bouvier, l’organisateur de la manifestation, un appel final, auquel nous avons participé, a été rédigé (voir par ailleurs). Son objectif est la mise en chantier d’une nouvelle charte des journalistes, qui doit être discutée entre les organisations de journalistes et les employeurs à partir des textes existants (charte de 1918 et charte européenne). Cette nouvelle mouture commune à toute la profession devra être annexée à la Convention collective nationale des journalistes.

Parmi les pistes retenues lors de ces Assises, les journalistes ont décidé d’œuvrer à la reconnaissance du droit des rédactions dans les entreprises de presse (sociétés de journalistes, reconnaissance juridique de l’équipe rédactionnelle), à la généralisation de la formation tout au long de la carrière ainsi qu’à la mise en place d’outils pouvant contribuer à la restauration de la confiance avec les citoyens (médiateurs, conseil de presse, etc.).

Lors de ce colloque, Hervé Bourges, ancien patron de chaînes de télévision et du Conseil supérieur de l’audiovisuel, ancien président de l’école de journalisme de Lille et actuellement président de l’Union internationale de la presse francophone, s’est prononcé pour la création d’une instance de régulation. Tout comme Robert Ménard, directeur de Reporters sans Frontières.

Jacques Morandat, directeur de la Fédération française des agences de presse, a estimé que « charte et instance de régulation allaient ensemble », allant même jusqu’à prôner en sus « la sanction ». Selon lui, une instance de régulation ne doit pas se contenter de « philosopher ». Il a évoqué l’exemple récent de l’association Fideo qui, suite à une directive européenne, est désormais chargée de réguler la déontologie des journalistes financiers. C’est un premier exemple d’autorégulation.

 


Les exemples suisse et québécois

Lors de notre réunion du 20 mars à Paris, Bertrand Verfaillie, animateur du chantier “fonctionnement” de l’APCP, a fait quelques remarques concernant d’autres conseils de presse, ceux de la Suisse et du Québec.

- Le conseil de presse du Québec. Fondé en 73, il a un double objet : protéger la liberté de la presse et défendre le droit du public pour une information exacte, complète et de qualité. A associé dès le départ des membres du public, les dirigeants et les journalistes. Le choix des représentants du public se fait par appel à candidatures dans la presse suivi d’un entretien, en fonction de critères telles que catégorie socioprofessionnelle, âge, motivation, etc.

Pour l’instant, il cherche les voies et moyens de toucher les éditeurs de presse.

Tous les médias, électronique et papier, sont concernés. Il n’impose aucune autre sanction que morale, par diffusion publique de la faute. L’assemblée est permanente, conseil d’administration de 22 membres. Mandat 2 ans, renouvelable 2 fois, 5 salariés. Le CP s’appuie sur une fondation.

- La Suisse. Le CP est à la disposition du public et des journalistes en tant qu’instance de plaintes pour des questions relevant de l’éthique des médias. 6 membres du public et 15 journalistes. es éditeurs de presse refusaient d’y être jusqu’à aujourd’hui. Equilibre des sexes, composé de trois chambres, le CP s’appuie sur une fondation pour le budget et l’animation du secrétariat.

Champs d’étude pour notre chantier fonctionnement :

– Le statut du CP : associatif ou non ?

– La notion d’ordre : elle engendre des cris d’effroi, mais un ordre est strictement professionnel. Or le journalisme n’est pas une profession libérale, le personnel est salarié, pas de droit d’entrée, pas de formation spécifique… En fonction de quoi rejeter l’ordre ?

– Les champs d’action : uniquement presse écrite ? Progressivement plus large ?

– La composition du CA : Association, demandes, nombre, qualités, représentativité des journalistes, sexe, type de médias, type de statuts, légitimité, durée du mandat…

– Les modes de travail du CP : recevabilité des plaintes, traitement des dossiers, les sanctions, publications, mode de présentation des avis aux éditeurs.

– Les moyens, le financement.

Quel composition pour le futur conseil ?

Au cours du débat qui a suivi ébat, Marc Capelle, directeur de la Recherche et du Développement à l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille, a proposé d’organiser une rencontre de type journée d’étude, comprenant une partie des formateurs pour en discuter et présenter le projet aux étudiants. L’ESJ peut également organiser une réunion publique dans ses locaux, pour débattre de la question de l’intérêt d’un CP et sensibiliser le public à ce projet.

Par ailleurs, le numéro 18 des Cahiers du Journalisme, qui devrait sortir cet été, aura pour thème les médiateurs et de la médiation de presse. Les Cahiers du journalisme sont une revue de recherche, co-éditée par l’ESJ de Lilles et l’université de Laval à Québec. Ils sont accessibles par Internet, le site www.cahiersdujournalisme.net.

Ensuite, il a été question de la composition du futur conseil de presse. Pour le sociologue Erwan Lecoeur, « la composition sera déterminante pour les champs d’action : présence de représentants de tous les supports médias ou juste presse écrite ? Parle-t-on d’un Conseil de Presse ou d’un Conseil des Médias ? S’il y a une majorité de journalistes dans le CP, il y aura un problème d’affichage public : cela paraîtra comme une volonté de rester entre journalistes. Il n’y a pas une majorité de journaliste en soit, mais il y a une majorité de diversité.

Les questions que vous posez sont politiques. Historiquement, sociologiquement, le public a souvent mis en cause les journalistes, les sondages, les informations, les experts, les amis des journalistes et des politiques. Il existe un écart béant entre la corporation journalistique et les médias consommateurs. Il est grand mais pas irrémédiable. Je propose une composition de : un tiers professionnel, un tiers public ONG-asso, un tiers personnalités qualifiées (experts). Les éditeurs n’ont rien à faire là, si le Conseil de Presse pouvait s’en passer… il suffirait que ce conseil trouve une majorité qualifiée ».

Yves Agnès rappelle que le public est représenté par les parlementaires : « Je pense qu’il serait grave d’exclure les élus. » Ce qui provoque la question de Sylvie Touboul, membre fondatrice APCP : « Mais, dans ce cas, comment faire avec les couleurs politiques ? ».

On peut alors imaginer la présence de représentants du ministère de la culture ou du cabinet du ministre.

Marc Capelle : « Quid des médiateurs de presse ? Seront–ils représentés ? Quelles relations le conseil entretient-il avec les médias ? Il serait intéressant d’avoir le regard du club des médiateurs de presse, c’est également une instance d’appel. Les médiateurs sont journalistes. »

Quid enfin de la question des éditeurs ? Les éjecter ou les intégrer ? Plusieurs pensent qu’ils doivent être représentés. Ils doivent pouvoir y trouver un intérêt, comme une « marque distinctive ».

Manola Gardez, membre fondateur : « Quid des syndicats, des organisations professionnelles et des sociétés de journalistes ? Est-ce qu’on les représente de façon délibérée ou ces entités seront-elles éventuellement représentées dans le collège des journalistes ? » Bertrand propose un collège de partenaires sociaux, en tant que quatrième collège.

Pour le chantier « contenu » (études de cas), Jean-Luc Martin-Lagardette, secrétaire APCP, propose de travailler d’abord à l’établissement de cette charte commune dont on a lancé l’idée dans l’appel des Assises de Lilles et sur des définitions précises, comme : « Qu’est-ce qu’un journaliste, un journaliste citoyen ? Qu’est-ce qu’une information de presse ? Etc. »

Il faudra aussi travailler sur les filtres critères de recevabilité d’un dossier, sur les catégories de cas qui nous intéressent : la corruption, la publicité clandestine, les erreurs, l’absence de droits de réponse…

Compte rendu Isabelle Arrang et Manola Gardez (synthèse JL ML)

 

 

 

 

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